L’agrandissement du Collège Dawson toujours sur la table

07 septembre 2021

Marco Fortier, Le Devoir, 4 septembre 2021

Le projet d’agrandissement de 100 millions de dollars du Collège Dawson fait toujours l’objet de discussions avec Québec malgré le gel annoncé de l’effectif des cégeps anglophones, qui se confirme dans les nouveaux devis envoyés aux établissements par le ministère de l’Enseignement supérieur.

Selon nos informations, l’effectif maximal à temps plein au Collège Dawson a été fixé par Québec à 7915 étudiants, soit le niveau de l’année 2019. Le nombre d’étudiants autorisés dans les autres cégeps anglophones reste essentiellement gelé au niveau d’il y a deux ans, indique-t-on.

Malgré ce gel des places, le gouvernement vient de renouveler par décret une « réserve pour fins publiques » sur un immeuble de la rue Sainte-Catherine Ouest convoité par le Collège Dawson pour son projet d’agrandissement. Le bâtiment commercial de trois étages, situé à Westmount, est évalué à 3,9 millions de dollars. Selon le registre foncier municipal, l’immeuble appartient à la Fondation familiale Tehrani, de Côte-Saint-Luc.

8226 : C’est le nombre d’étudiants inscrits au Collège Dawson pour la session d’automne.
C’est le nombre d’étudiants inscrits au Collège Dawson pour la session d’automne.

Cette réserve pour fins publiques interdit « toute construction, amélioration ou addition sur l’immeuble qui en fait l’objet, sauf les réparations », précise le décret gouvernemental, publié cette semaine dans la Gazette officielle du Québec. Il s’agit d’une procédure qui précède une éventuelle expropriation, mais « le projet n’est pas assez avancé pour exproprier », précise Diane Gauvin, directrice générale du Collège Dawson.

Le ministère de l’Enseignement supérieur, la Société québécoise des infrastructures (SQI) et le Collège sont « en train de développer un projet », confirme la grande patronne de l’établissement anglophone de Montréal, qui est le plus gros cégep du Québec et certainement le plus prisé, y compris par les allophones et les francophones, qui sont plus nombreux ensemble que les anglophones dans ce cégep de langue anglaise.

Le projet d’agrandissement en est encore à une première étape du « dossier d’opportunité », qui n’a pas été mené à bien, indique Diane Gauvin. Le gouvernement Legault a précisé plus tôt cette année que le projet d’agrandissement serait analysé dans le contexte du projet de loi 96 visant à renforcer le français au Québec. La ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann, s’est engagée en juin à geler pour 10 ans le nombre d’inscriptions dans les cégeps anglophones.

« On ne veut pas grossir »

Le Collège Dawson compte 8226 étudiants inscrits à la session d’automne 2021, mais Diane Gauvin s’attend à ce que plusieurs ne se présentent pas d’ici au 20 septembre, date limite pour confirmer les abandons. Le nombre d’élèves s’approcherait du devis de 7915 étudiants, selon elle.

La directrice répète que l’agrandissement projeté ne vise qu’à accommoder le nombre actuel d’étudiants et de membres du personnel en fonction des normes d’espace du ministère de l’Enseignement supérieur. « On ne veut pas grossir, on veut juste l’espace requis pour le nombre [d’étudiants] qu’on a », assure Diane Gauvin.

Elle explique que le manque d’espace se fait sentir avec la rentrée en présence en temps de pandémie. Quatre tentes seront installées sur le terrain du collège pour accueillir les étudiants entre leurs cours. Pour éviter les attroupements dans les aires communes, l’établissement encourage les gens à aller dehors entre les cours, mais les conditions météorologiques ne le permettent pas toujours, explique la directrice.

« On ne veut pas grossir, on veut juste l’espace requis pour le nombre [d’étudiants] qu’on a. On voit aussi beaucoup de profs qui donnent des cours dehors. On fait ce qu’on peut avec l’espace qu’on a », ajoute-t-elle.

Projet « hyper anglicisant »

Le Mouvement Québec français (MQF) estime que le plaidoyer du Collège Dawson montre qu’il est désespéré devant l’intention annoncée du gouvernement Legault de limiter la croissance des cégeps anglophones. « La vérité, c’est que rien n’est signé, rien n’est annoncé au sujet de l’agrandissement. Dawson craint à juste titre que ça ne se réalise jamais », a réagi Maxime Laporte, président du MQF.

« Les Québécois ne veulent tout simplement pas de ce projet hyper anglicisant, ajoute-t-il. Dawson décrit comme une nécessité urgente et absolue cet agrandissement situé au cœur de Westmount, dont le coût risque d’exploser dans un contexte de surchauffe immobilière. »

Le MQF est convaincu que l’étude du projet de loi 96, cet automne, démontrera l’importance d’investir dans les cégeps francophones. Il met en garde contre la tentation d’agrandir le plus gros cégep du Québec, dont la taille dépasse déjà de beaucoup les établissements à échelle humaine envisagés par la commission Parent, il y a un demi-siècle.

Au moment où ces lignes étaient écrites, le ministère de l’Enseignement supérieur n’avait pu donner suite aux demandes de précisions du Devoir formulées dans les derniers jours.

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