Article de Martin Francoeur paru dans Le Nouvelliste du 26 mai 2011.
L’anglais: une menace pour la région?

Mario Beaulieu, président du Mouvement Montréal français, et Roger Kemp, porte-parole du nouveau Mouvement Mauricie français, ont rencontré la presse hier pour annoncer la naissance de cet organisme, qui veillera à la promotion et à la défense du français.
PHOTO: MARTIN FRANCOEUR
(Trois-Rivières) Même si le français n’est pas aussi menacé dans la région que dans la métropole, le Mouvement Mauricie français vient de voir le jour pour protéger la langue de la majorité, pour en faire la promotion et pour prévenir toute forme d’assimilation.
Partageant les mêmes objectifs que son équivalent montréalais – le Mouvement Montréal français -, l’organisme veut sensibiliser la population à «l’importance de faire du français la véritable langue officielle et commune pour en assurer l’avenir au Québec».
Le nouveau Mouvement Mauricie français sera étroitement associé à la Société Saint-Jean-Baptiste de la Mauricie, qui organise déjà plusieurs activités et qui réalise plusieurs initiatives visant à favoriser l’utilisation et la promotion du français.
Selon Roger Kemp, principal instigateur et porte-parole de cette branche régionale du Mouvement, Trois-Rivières et la Mauricie ne sont pas à l’abri des conséquences de l’envahissement de l’anglais dans la région métropolitaine.
«De plus en plus de voix s’élèvent pour dire que la situation de la langue française se dégrade à Montréal et qu’il devient difficile de se faire répondre ou servir en français dans certains commerces de la Métropole. Cette situation fait tache d’huile et nous en ressentons les effets en Mauricie», explique-t-il.
Il mentionne comme exemple le fait, pour un employé d’une entreprise d’ici, de devoir parler anglais quand il transige avec des petites entreprises unilingues anglophones de Montréal. Ou encore un employé municipal de la région qui doit faire l’effort de parler en anglais à un nouveau propriétaire de chalet, par exemple, qui ne parle pas français.
Le président du Mouvement Montréal français, Mario Beaulieu, explique aussi que les conséquences de la progression de l’anglais comme langue courante, notamment parmi les allophones, sont aussi de nature économique.
«À Montréal, le français est dans un état critique. Les nouveaux arrivants qui décident de changer de langue d’usage à la maison le font de façon disproportionnée vers l’anglais», remarque-t-il.
Les récents amendements à la loi 101 ont fait en sorte que ces nouveaux anglophones réclament – et obtiennent – des services en anglais, principalement par le gouvernement du Québec via ses ministères et organismes.
Le financement des études en anglais et des institutions d’enseignement collégial et universitaire anglophones est un autre exemple, avec la difficulté de rétention des diplômés que l’on observe généralement.
«L’accommodement le plus déraisonnable qu’on observe au Québec est de financer des services publics en anglais pour les nouveaux arrivants. Qu’il y ait des services en anglais pour la minorité historique, il n’y a pas de problème. Mais les nouveaux arrivants devraient être dirigés vers le français», plaide M. Beaulieu. Celui-ci croit que toutes les régions doivent être mobilisées pour promouvoir l’usage du français. «Ça prend un réveil de la population», insiste-t-il.
Roger Kemp partage ce point de vue. «Il ne faut pas oublier que la langue française est minoritaire en Amérique, au Canada et si cela continue, elle le sera aussi sur l’île de Montréal, puis à Trois-Rivières, puis dans tout le Québec», ajoute-t-il.
Le porte-parole régional précise que la mise en place du Mouvement Mauricie français ne se veut pas une lutte contre l’anglais ou contre le bilinguisme individuel, mais une lutte pour la qualité et le rayonnement de la langue française.
Concrètement, la nouvelle organisation régionale entend s’implanter graduellement et profiter des tribunes existantes de la SSJB Mauricie pour sensibiliser et rejoindre le plus grand nombre de personnes possible. Des initiatives pourront être mises en place pour atteindre les objectifs de promotion du français.
