YVES CHARTRAND | JOURNAL DE MONTRÉAL | 26/01/2008
Les dernières hésitations de Jean Charest sur l’opportunité de remanier son cabinet ont probablement disparu cette semaine avec la controverse sur la situation du français à Montréal durant laquelle la ministre Christine Saint-Pierre a fort mal paru.
Dès son retour d’Europe, le premier ministre sautera sans doute sur sa planche à dessin pour jeter les bases d’un remaniement du conseil des ministres. Et vous pouvez parier un huard qu’il soulagera sa ministre de la Culture du dossier de la langue pour le confier à quelqu’un qui prendra le taureau par les cornes.
Depuis deux semaines, la ministre de la Culture et des Communications, responsable de la Charte de la langue française et de la Condition féminine – c’est son titre -, laisse l’impression d’une femme qui siffle dans le noir, consciente que si elle n’y prend pas garde, elle pourrait bien poser le pied dans un piège béant.
Lorsque Le Journal de Montréal a fait sa petite enquête au centre-ville de Montréal et a démontré clairement, très clairement, le peu de préoccupation manifesté par des commerçants pour accueillir et servir leur clientèle en français, la ministre a pris ça de haut.
«On ne peut pas dire qu’un unilingue anglophone n’a pas le droit de travailler au Québec», avait-elle répondu sur ses ergots, ajoutant que la loi 101 n’avait pas besoin d’être resserrée.
Devant l’indignation populaire qui s’est amplifiée, elle a jeté en pâture un vague document de l’Office de la langue française, tenant sur une page et demie, dont on ne sait pas s’il s’agit d’une campagne de promotion ou d’une étude critique en bonne et due forme. Cela frisait le ridicule.
Étude sous le boisseau
Chez les libéraux, on a sans doute cru que ce soubresaut de la question linguistique s’éteindrait rapidement en ce milieu de janvier où tout le monde est occupé à digérer les agapes du temps des Fêtes et à payer ses factures.
Mais le Mouvement Montréal français a soufflé sur les braises cette semaine en révélant que l’Office de la langue française retardait depuis plus d’un an son rapport quinquennal sur la situation du français au Québec, et qu’une des études pour construire ce rapport à venir traçait un bilan très inquiétant.
L’auteur, le démographe Marc Termote, est sorti du placard pour révéler des données inquiétantes: les francophones sont déjà minoritaires sur l’île de Montréal et, surtout, en régression. Et le phénomène atteint maintenant les banlieues.
Termote est allé jusqu’à accuser la ministre Saint-Pierre et son gouvernement d’avoir caché son rapport parce que trop explosif, une accusation contre laquelle la ministre s’est défendue, mais en reconnaissant connaître les conclusions de cette étude depuis le début de janvier.
Ce qui signifie que Christine Saint- Pierre savait, au moment où l’enquête du Journal de Montréal a été publiée, mais qu’elle a préféré l’escamoter. On a même annulé une conférence de presse le vendredi 18 janvier durant laquelle l’étude Termote devait être divulguée.
La présidente directrice générale de l’OQLF, France Boucher, a été candide jeudi en déclarant à la radio qu’elle avait agi ainsi parce que le climat n’était «pas propice » en raison de l’enquête du Journal!
Patate chaude
Il ne faut pas se surprendre aujourd’hui que l’opposition adéquiste et péquiste tirent à boulets rouges sur le gouvernement. De toute évidence, les libéraux jouent à cache-cache avec un dossier avec lequel les Québécois ne badinent pas.
Il est plus que temps que Jean Charest revienne au Québec et prenne en mains cette patate chaude avec laquelle sa ministre est en train de se brûler.
Précision : Dans ma chronique de samedi dernier, j’ai malencontreusement écrit que Mario Dumont avait perdu sa belle-mère. Il s’agissait plutôt de sa grandmère. Mes excuses à la famille éprouvée.
