Le respect était sa signature – discours de Maria Mourani, le 20 mars 2009 lors du 10e anniversaire de commémoration de Camille Laurin

20 novembre 2016

Maria Mourani, Tribune libre de Vigile, le 24 mars 2009 « Mesdames, Messieurs, Bonjour, C’est un grand honneur pour moi de m’adresser à vous à l’occasion de la commémoration du dixième anniversaire du décès de Camille Laurin. (…) Lors de la sanction de la Loi 101, Camille Laurin disait en entrevue : « Quand on touche à la langue, on touche à tout ce qu’il y a de plus intime aussi bien chez les individus que les collectivités. On se heurte à des habitudes, à des conditionnements qui ne changent pas facilement. Les idées changent plus vite que les structures, les structures changent plus vite que les mentalités et une législation sur la langue s’attaque aux mentalités ». (…) L’œuvre de Camille Laurin, comme le père de la Loi 101, a été un déclencheur remarquable qui s’inscrit dans le processus de libération du peuple québécois. Aujourd’hui encore, face à nos propres échecs, nous devons nous questionner par rapport à notre docilité devant certaines institutions et pratiques qu’on accepte trop facilement et docilement. À cet égard, par exemple, il faudrait envisager de poser collectivement des gestes de ruptures à l’égard d’institutions désuètes qui nourrissent le cynisme, comme la monarchie britannique et tout ce qui s’y rattache. (…) Comme Camille Laurin, nous devrons assumer les vagues que susciteront différents gestes de changement qui s’attaqueront aux mentalités. Comme Camille Laurin, nous devons apprendre à affronter les débats dans le calme et le respect, mais surtout, avec persistance, sans reculer.» (…) Lire l'article.

 

Le respect était sa signature

 MARIA MOURANI | VIGILE | 24/03/2009                                                                                                                                                                                                                                                                                                    Discours du 20 mars 2009 lors du 10e anniversaire de commémoration de Camille Laurin

Tribune libre de Vigile
mardi 24 mars 2009

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ARCHIVES MQF ─ Discours du 20 mars 2009 lors du 10e anniversaire de commémoration de
Camille Laurin

Par Maria Mourani

Mesdames, Messieurs,
Bonjour,

C’est un grand honneur pour moi de m’adresser à vous à l’occasion de la
commémoration du dixième anniversaire du décès de Camille Laurin.

Au-delà de son érudition, de sa grande culture, de sa remarquable carrière
de psychiatre et de sa contribution exceptionnelle pour aider le peuple du
Québec à s’aimer davantage et à mieux se faire respecter, un aspect de sa
personnalité, en particulier, m’a touchée : sa grande délicatesse et son
humanité dans l’action politique. Il ne cherchait pas à faire perdre la
face aux autres, que ce soit des amis ou des adversaires. Cela était encore
plus marqué lorsqu’il animait une table ou une discussion. Le respect était
sa signature.

Bien que son action et sa pensée politique pouvaient susciter chez
certains de l’agressivité, Camille Laurin ne perdait pas son flegme et
gardait son calme : il expliquait et maintenait le cap ! Son attitude lui
permettait d’aller chercher l’esprit et le cœur de l’autre, et de
communiquer.

Lors de la sanction de la Loi 101, Camille Laurin disait en entrevue : 
« Quand on touche à la langue, on touche à tout ce qu’il y a de plus
intime aussi bien chez les individus que les collectivités. On se heurte à
des habitudes, à des conditionnements qui ne changent pas facilement. Les
idées changent plus vite que les structures, les structures changent plus
vite que les mentalités et une législation sur la langue s’attaque aux
mentalités ».

On voit ici la profondeur de l’action politique de Camille Laurin. Il
n’éludait pas les problèmes fondamentaux, il les abordait de front, et ce,
avec un calme olympien. Il acceptait de faire l’objet de dénonciation
hargneuse et parfois plus que cruelle, mais cela il l’assumait comme un
sacrifice nécessaire.

L’œuvre de Camille Laurin, comme le père de la Loi 101, a été un
déclencheur remarquable qui s’inscrit dans le processus de libération du
peuple québécois. Aujourd’hui encore, face à nos propres échecs, nous
devons nous questionner par rapport à notre docilité devant certaines
institutions et pratiques qu’on accepte trop facilement et docilement. À
cet égard, par exemple, il faudrait envisager de poser collectivement des
gestes de ruptures à l’égard d’institutions désuètes qui nourrissent le
cynisme, comme la monarchie britannique et tout ce qui s’y rattache.

Quel message donnons-nous, année après année, à notre peuple lorsqu’il
voit ses élus et ses ministres prêter serment à un personnage non élu qui
n’a jamais même daigné s’excuser pour les crimes commis par ses armées
envers les ancêtres d’une partie importante de notre peuple, il y a 250
ans. Ce serment nous devons le faire à notre peuple et non pas à la Reine.

Comme Camille Laurin, nous devrons assumer les vagues que susciteront
différents gestes de changement qui s’attaqueront aux mentalités. Comme
Camille Laurin, nous devons apprendre à affronter les débats dans le calme
et le respect, mais surtout, avec persistance, sans reculer.

Nous devons, comme il le disait, compléter nos prises de conscience,
achever notre quête d’identité. Nous débarrasser de nos conditionnements et
de nos servitudes historiques. Alors nous nous ferons confiance, nous
croirons en nos forces et en notre esprit créateur. Nous serons prêts pour
la liberté et ce qui est formidable, c’est que le peuple fondateur du
Québec libre de demain sera constitué de toutes les Québécoises et de tous
les Québécois sans exception. Et ce peuple fondateur portera indéniablement
la marque de ce grand visionnaire, Camille Laurin.

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