Les cégeps anglais avalent leurs étudiants francophones

06 septembre 2010

Article exclusif au journal Rue Frontenac écrit par Jean-Philippe Pineault le 6 septembre 2010.

La culture anglaise avale tout rond les étudiants francophones qui choisissent un cégep anglophone pour leurs études, à Montréal. Pas moins de 40% d’entre eux préfèrent utiliser la langue de Shakespeare au travail et 35% vont même jusqu’à utiliser l’anglais pour obtenir des services dans des commerces, révèle une étude dont Rue Frontenac a obtenu copie.

L’enquête, réalisée par l’Institut de recherche sur le français en Amérique (IRFA) et dont les résultats seront dévoilés mardi matin, met en relief la puissante force d’attraction de l’anglais pour les jeunes étudiants dans cette langue au niveau collégial

«Il y a un glissement vers l’anglais. Les gens ne se mettent pas du jour au lendemain à parler seulement en anglais, mais c’est un phénomène traître», affirme Patrick Sabourin, président de l’IRFA et étudiant au doctorat en démographie à l’Institut national de recherche scientifique (INRS) – Centre Urbanisation, culture et société.

Alors que plus de neuf étudiants de langue française sur dix qui étudient dans un cégep francophone utilisent la langue de Molière au travail, moins de 60% des francophones qui étudient en anglais en font autant.

L’attrait pour l’anglais se fait même sentir jusqu’à la maison, démontrent les auteurs de l’étude, des chercheurs de l’INRS et de l’UQAM. Environ 27% des francophones qui poursuivent leurs études dans un cégep anglophone utilisent l’anglais dans leurs relations avec la famille. En revanche, pratiquement 100% de leurs camarades francophones qui étudient en français continuent d’utiliser leur langue maternelle à la maison.

La collecte des données de l’étude s’est déroulée de mai 2009 à mai 2010. Plus de 3200 étudiants provenant principalement de sept cégeps de l’île de Montréal ont répondu à un questionnaire en plus de 40 points sur divers sujets touchant aux comportements linguistiques ainsi qu’au cheminement scolaire et professionnel.

La culture française remplacée

La culture française a aussi du mal à se tailler une place auprès de la clientèle des cégeps anglophones. Moins de 5% des étudiants du cégep anglais préfèrent écouter des films en français. Au cégep français, ils sont un peu plus de 60%, écrivent les auteurs de l’enquête. Au cégep anglais, environ 20% du temps d’écoute de télévision est consacré aux émissions de langue française, contre 64% au cégep français.

«Il y a un délaissement de la culture francophone. Les étudiants intègrent tranquillement une autre culture. Ça pose un problème sur le plan de la pérennité du français», juge M. Sabourin.

Pierre Curzi inquiet

Le député péquiste Pierre Curzi, qui a fait de la protection du français son cheval de bataille, se dit préoccupé par les conclusions de l’enquête.

«C’est très inquiétant. Il y a un risque de transfert linguistique. L’anglais a une forte influence sur la langue au Québec, surtout à Montréal», commente-t-il. Selon lui, l’État québécois doit mettre sur pied une politique linguistique globale qui doit s’appuyer entre autres sur la fréquentation obligatoire du cégep en françai

«L’apprentissage de l’anglais doit se faire à l’intérieur du système francophone. Changer de culture pour apprendre une langue, ça n’a pas de sens», déplore-t-il.

 

L’attrait de l’anglais en chiffres

—       Environ 2000 étudiants francophones choisissent chaque année un cégep anglophone pour poursuivre leurs études.

—       85% des allophones au cégep français fréquentent des amis francophones, contre 15% seulement chez ceux au cégep anglais.

—       0,3% des anglophones qui étudient en anglais regardent le plus souvent des films en français.

—       60% des allophones qui étudient en anglais utilisent cette langue au travail, contre 20% pour ceux qui fréquentent un établissement collégial francophone.

Source: L’Enquête sur les comportements linguistiques des étudiants du collégial (ECLEC), IRFA, 7 septembre 2010 

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