Les principales objections contre la loi 101 au Cégep
Notes pour une allocution prononcée au Mouvement Montérégie Français
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L’application au niveau collégial des dispositifs prévus dans la Charte de la langue française par rapport au niveau primaire et secondaire est bien évidemment une mesure controversée. Cette controverse est prévisible et il normal qu’une telle mesure soit l’objet d’un débat de société.
Je vais m’attarder ici sur les problèmes politiques qui pourraient être invoqués, et non pas sur les critiques concernant la faisabilité de cette réforme. Un tel sujet nécessiterait de nombreuses études, notamment sur les infrastructures, sur la transition des enseignants, etc.
N’oublions pas que l’établissement de cette Charte a elle-même été une épreuve monumentale : il fallait bien le calme et la connaissance de l’être humain d’un psychiatre du calibre de Camille Laurin pour avoir été en mesure de faire passer la loi 101, après une tournée d’envergure qui lui permit de conquérir l’opinion publique et en dépit des objections initiales de son propre chef et de l’opposition d’une partie de son caucus. Cette loi, que le Dr. Laurin voyait comme un électrochoc destiné à donner au peuple québécois le gout de la liberté et de la dignité, hier pointée du doigt comme une loi fascisante, est aujourd’hui unanimement saluée comme étant une des bases fondamentales du Québec moderne. Stéphane Dion affirma même qu’il s’agissait d’une grande loi canadienne. Je lui donne d’emblée raison : la loi 101 est devenue une grande loi canadienne. La Charte de la langue française saluée par les fédéralistes est un drapeau qu’agite nos adversaires pour nous montrer en quoi Ottawa laisse déjà au Québec tous les moyens nécessaires pour défendre sa langue, rendant notre indépendance inutile. Dans les faits, elle n’est plus que l’ombre d’elle-même.
L’application de la loi 101 au niveau collégial colmaterait une brèche de la Charte, car cette mesure n’en faisait pas partie à la base, et permettrait de contrer certains effets des assauts répétés de la Cour Suprême du contre nos lois linguistiques. En écoutant l’ensemble des conférenciers aujourd’hui, le doute n’est plus permis : cette mesure ne comporte pas uniquement des avantages indéniables, elle est également totalement possible, réaliste et nécessaire.
Cependant, nous sommes tous conscients que, si le mouvement national décide de se saisir de cette proposition, il devra faire face aux tirs ennemis.
Certains nous accuserons de se livrer à une radicalisation dangereuse, d’autres de créer un obstacle devant le nécessaire apprentissage de l’anglais par les francophones (et donc d’aller à l’encontre de la direction vers où le monde entier semble se diriger), de violer un droit fondamental ou encore de vouloir briser la sacro-sainte « paix linguistique », épouvantail agité beaucoup trop souvent ; le tout bien évidemment saupoudré du vocabulaire habituel et étroitement idéologique de la rhétorique multiculturaliste.
Il y a deux réponses complémentaires possibles pour répondre à cette accusation. La première a trait à notre mémoire collective :
Lors de l’adoption de la Charte de la langue française en 1977, cette dernière était vue comme étant très radicale. Camille Laurin était caricaturé comme un nazi québécois (quelle originalité !), les épithètes de « racistes » et « xénophobes » étaient généreusement distribuées envers les tenants du gouvernement péquiste de l’époque, et même René Lévesque craignait cette restriction du libre choix comme étant un excès de nationalisme. Les libéraux votèrent contre. Même les députés de l’Union Nationale, parti nationaliste s’il en fut un, s’y opposèrent. Aujourd’hui, aucun parti politique ni aucun adversaire d’hier n’oserait répéter ses objections passées.
Même Stéphane Dion, le père de la loi sur la clarté, ardent défenseur d’un fédéralisme centralisateur et prédateur, salue maintenant la loi 101 comme étant une grande loi canadienne. Il est vrai qu’après les nombreux reculs engendrés par les coups de la Cour suprême, elle n’est plus tellement dangereuse pour le régime canadian…
Il faut donc avoir confiance que quelques années après son adoption, la loi 101 au Cégep semblera aller de soi. Et puis, avec le temps, plusieurs auront l’impression que ce dispositif a toujours été là.
La seconde a trait à notre manière de la présenter. Il faut la montrer comme étant une modernisation, une réforme, une mise à jour, une amélioration ou une adaptation de la loi 101 originale au contexte actuel. Le dossier linguistique crée souvent des passions. Je ne prive d’ailleurs jamais de parler de la question de notre langue nationale, le français, avec la plus grande passion. Cependant, si on souhaite pouvoir contrer les critiques envers nous
Il s’agit d’une modernisation de la loi 101 tout d’abord parce qu’en cette époque de mondialisation et de multiculturalisme idéologique érigé en religion globale heureusement de plus en plus contestée, la défense de la nation constitue la principale idée moderne de ce millénaire.
Modernisation, parce que, justement, le Québec évolue, tout comme le monde entier. Le marché du travail a été profondément transformé par les grandes mutations économiques mondiales. Dans les années 1970-80, un jeune pouvait entrer sur le marché du travail dès qu’il eut terminé son secondaire. Maintenant, on estime souvent qu’un baccalauréat n’est pas suffisant et qu’une maîtrise s’impose afin de pouvoir espérer un emploi digne de ce nom. C’est donc peu dire que le niveau collégial est désormais admis étant le plancher de la scolarité de base. Cégep signifie « Centre d’enseignement général et professionnel », à juste titre. Les études montrent que c’est lors de la fréquentation de ces établissements, lorsque le jeune passe à l’âge adulte, qu’il choisit à la fois sa carrière et son établissement universitaire.
L’immigration a également changé, et son augmentation crée des difficultés reliées au phénomène précédent.
Lors de l’adoption de la Charte, les seuils migratoires ne dépassaient pas 25 000 personnes par année. Aujourd’hui, l’immigration tourne autour de 40 000.
Nous recevons donc aujourd’hui plus d’immigrants. Le grand défi n’est plus seulement de franciser les enfants d’immigrants, ce que la loi 101 fait déjà très bien en ce qui concerne le primaire et le secondaire, mais de franciser une bonne partie des nouveaux arrivants eux-mêmes, qui ont des diplômes que nous ne reconnaissons pas, et qui ont donc besoin d’une nouvelle formation avant d’entrer sur le marché du travail. Comme nous l’avons dit auparavant, le marché du travail a changé et le niveau collégial est un niveau minimal. Là où le bât blesse, c’est que le réseau choisi est bien souvent le réseau anglophone.
Quant à l’argument à l’effet que nous briserions la paix linguistique. J’ai d’ailleurs moi-même dis dans un discours au lancement du Mouvement Montérégie Français que la paix linguistique me faisait penser à l’inscription « Rest in peace » sur une pierre tombale. Il n’y a plus de doute possible : notre langue est en régression. Je ne m’attarderai pas sur le sujet, d’autres l’ont expliqué avant moi, statistiques à l’appui, mais il importe de toujours le rappeler à quiconque nous ressort l’argument de la paix linguistique.
L’application de la loi 101 au Cégep n’a donc rien de haineux, de revanchard, de « nationaleux » ou de radical. Ce sont plutôt les libéraux au pouvoir qui ne comprennent pas la situation actuelle et ses exigences criantes.
Passons maintenant à une autre critique courante : nous empêcherions les francophones d’apprendre l’anglais. Avouons le d’emblée : c’est le critique la plus difficile à contrer et celle qui peut être la plus nuisible politique à ce que nous proposons.
Les nous montrent que les francophones ne veulent pas être privés du droit de fréquenter une institution collégiale anglophone mais qu’ils pensent que les allophones devraient fréquenter un cégep français. Évidemment, nous ne pouvons toucher aux anglophones et à leurs droits de minorité historique.
La réalité, c’est que 50% des allophones fréquentent un cégep anglophone, tandis que seulement 5% des francophones font de même. Et oui, 95% des francophones vont dans un Cégep où est parlée leur langue maternelle et ne se prévalent donc pas du libre choix.
Nous ne pouvons évidemment abolir le libre choix uniquement pour les allophones tout en permettant l’accès au Cégep anglais pour les francophones. Or, on constate que les francophones n’en seraient pénalisés qu’à hauteur de 5%. Le jeu en vaut la chandelle, et plus que largement.
Relevons un autre problème auquel on s’attarde peu concernant ces 5%. D’après ce que nous avons entendu auparavant, l’immense majorité des francophones ne sont pas au Cégep anglais pour améliorer leur connaissance de cette langue et leurs perspectives de carrière, mais sont déjà en processus avancé d’anglicisation. Nous pouvons donc même perdre des nôtres à travers ce processus.
Pour ce qui est de l’amélioration de la connaissance de l’anglais, il doit être sans aucun doute amélioré. Mais ceux qui s’inscrivent au Cégep anglais ne sont pas ceux qui en ont besoin, mais ceux qui sont déjà très bons. Pensez-y, pour avoir de bons rendements scolaires il faut avoir une excellente base pour pouvoir tenir la compétition avec des anglophones. Le libre choix n’est donc même pas un bon moyen pour aider les jeunes francophone à améliorer leur connaissance de l’anglais.
Ajoutons également que le taux de bilinguisme des québécois est déjà très bon, et que, s’il y a bien évidemment place à l’amélioration, il surpasse totalement ce taux dans le reste du Canada.
En somme, les francophones ne se prévalent pas du libre choix, ce dernier est nocif pour les francophones en voie d’anglicisation et les allophones, dangereux pour les élèves ayant de la difficulté en anglais et ceux qui s’en prévalent ont déjà une très bonne connaissance de l’anglais.
Que peut-on dire de plus pour contrer l’argument à l’effet que nous fermerions la porte à l’apprentissage de l’anglais pour les francophones ?
La dernière critique que nous devons contrer affirme que nous violerions un droit fondamental. J’ai d’ailleurs moi-même eu de nombreux débats avec des militants de mon parti qui me disent « c’est dommage mais on ne peut pas imposer ça » ou encore « la prévention oui, la coercition non ».
Juridiquement, l’argument est tout simplement nul.
Politiquement, il peut avoir un certain effet. Oui il s’agit d’une contrainte. Mais l’État a justement le monopole de la coercition au nom de la mise en commun d’une partie des libertés et des souverainetés individuelles, elle-même au nom du bien commun. Tel que je l’ai exprimé auparavant, la défense de la nation est le plus beau et le plus moderne défi auxquels nous faisons face en cette seconde décennie du 21ème siècle.
La loi 101 en elle-même contenait son lot de contraintes, mais elle changea le visage du Québec à jamais. Ce qui constituait une thérapie de choc destinée à guérir l’âme québécoise aux yeux du psychiatre qui la mit en place constitue également la plus belle entreprise de redressement national de notre histoire. Elle nous redonna notre fierté. Elle visait à rendre le Québec aussi français que l’Ontario est anglaise. En cela, elle mérite désormais d’être bonifiée.
Au nom de l’intérêt national, nous devons défendre le français, notre langue, le cœur de notre identité. Si nous craignons à nouveau notre reflet dans le miroir, c’est le Québec en entier que nous ne reconnaîtrons plus.
