L’État et le français – Si lent

20 novembre 2016

Josée Boileau, éditorial, Le Devoir, Vigile, 26 avril 2010. Il y a deux ans tout juste, en entrevue au Devoir, la ministre Christine St-Pierre, responsable de la Charte de la langue française, s’engageait à ce que l’État donne l’exemple quant à l’utilisation du français. Notre collègue Robert Dutrisac venait alors de révéler que l’administration publique communiquait en anglais avec des entreprises établies au Québec et que les trois quarts des immigrants allophones établis dans la région de Montréal se faisaient servir en anglais par les ministères et organismes publics. Un an plus tard, vérification faite, cette situation n’avait pas changé. Aujourd’hui, toujours en entrevue avec notre journal, la ministre réitère sa volonté de changer les pratiques. Mais qu’il semble difficile de faire fonctionner l’État en français ! Des organismes comme la Commission de la santé et de la sécurité du travail et la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) viennent tout juste d’émettre des directives pour s’assurer que les services soient d’abord donnés en français. Il n’y a pas à se réjouir quand un message aussi simple prend autant de mois pour aboutir. Cette lente réaction de l’appareil gouvernemental s’ajoute aux nombreux messages troubles qui font croire aux immigrants qu’ici, tout peut se passer en anglais : des commerces montréalais jusqu’au fonctionnement de certains groupes d’aide aux immigrants, en passant par la Société de l’assurance automobile du Québec ou la RAMQ où des allophones peuvent être fichés à vie comme parlant anglais. Le gouvernement libéral refusant de comprendre que ce cumul nourrit l’anglicisation rampante de Montréal, qu’il nie toujours, il n’est pas surprenant que l’exemplarité revendiquée par la ministre il y a deux ans n’ait pas été placée sous le signe de l’urgence, en dépit de sa bonne foi, dont nous ne doutons pas. Le problème, c’est que le gouvernement voit tout en pièces détachées. C’est au fond le même scénario qui est à l’oeuvre dans la gestion actuelle des cours de francisation pour immigrants. L’augmentation des objectifs d’immigration, l’analyse des besoins et la dynamique linguistique en cours à Montréal rendent nécessaire d’ouvrir plus largement l’offre de francisation. Mais les libéraux n’ont en tête que leur souci d’économiser partout dans l’appareil d’État : ils suppriment donc des cours de français en faisant valoir que le même service peut être obtenu sur Internet, ou dans le cadre de formations en entreprises financées par la Commission des partenaires du marché du travail. Résultat : on déshabille Paul pour habiller Pierre et, au final, il n’y a pas plus d’immigrants qui reçoivent une formation en français, et surtout pas la formation qui leur conviendrait le mieux. Ce n’est sûrement pas là une façon exemplaire de procéder. Source.

 

L’État et le français – Si lent

lundi 26 avril 2010

Il y a deux ans tout juste, en entrevue au Devoir, la ministre Christine St-Pierre, responsable de la Charte de la langue française, s’engageait à ce que l’État donne l’exemple quant à l’utilisation du français. Notre collègue Robert Dutrisac venait alors de révéler que l’administration publique communiquait en anglais avec des entreprises établies au Québec et que les trois quarts des immigrants allophones établis dans la région de Montréal se faisaient servir en anglais par les ministères et organismes publics.

Un an plus tard, vérification faite, cette situation n’avait pas changé.

Aujourd’hui, toujours en entrevue avec notre journal, la ministre réitère sa volonté de changer les pratiques. Mais qu’il semble difficile de faire fonctionner l’État en français ! Des organismes comme la Commission de la santé et de la sécurité du travail et la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) viennent tout juste d’émettre des directives pour s’assurer que les services soient d’abord donnés en français.

Il n’y a pas à se réjouir quand un message aussi simple prend autant de mois pour aboutir. Cette lente réaction de l’appareil gouvernemental s’ajoute aux nombreux messages troubles qui font croire aux immigrants qu’ici, tout peut se passer en anglais : des commerces montréalais jusqu’au fonctionnement de certains groupes d’aide aux immigrants, en passant par la Société de l’assurance automobile du Québec ou la RAMQ où des allophones peuvent être fichés à vie comme parlant anglais.

Le gouvernement libéral refusant de comprendre que ce cumul nourrit l’anglicisation rampante de Montréal, qu’il nie toujours, il n’est pas surprenant que l’exemplarité revendiquée par la ministre il y a deux ans n’ait pas été placée sous le signe de l’urgence, en dépit de sa bonne foi, dont nous ne doutons pas. Le problème, c’est que le gouvernement voit tout en pièces détachées.

C’est au fond le même scénario qui est à l’oeuvre dans la gestion actuelle des cours de francisation pour immigrants. L’augmentation des objectifs d’immigration, l’analyse des besoins et la dynamique linguistique en cours à Montréal rendent nécessaire d’ouvrir plus largement l’offre de francisation.

Mais les libéraux n’ont en tête que leur souci d’économiser partout dans l’appareil d’État : ils suppriment donc des cours de français en faisant valoir que le même service peut être obtenu sur Internet, ou dans le cadre de formations en entreprises financées par la Commission des partenaires du marché du travail. Résultat : on déshabille Paul pour habiller Pierre et, au final, il n’y a pas plus d’immigrants qui reçoivent une formation en français, et surtout pas la formation qui leur conviendrait le mieux.

Ce n’est sûrement pas là une façon exemplaire de procéder.


 
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