Lettres – Le Festival d’été perd-il son âme?

20 novembre 2016

Olivier Tremblay et Claire Murati, Québec, Le Devoir, 29 avril 2010. Finalement, nous avons dû conclure que le résultat était bel et bien là: le Festival d'été de Québec (FEQ), dans sa programmation 2010, a (presque) complètement laissé tomber les artistes québécois, d'une part, et francophones, d'autre part. ———– Au début, nous avons cru à une blague ou à un oubli. Ensuite, nous nous sommes demandé si M. Daniel Gélinas — que nous avons adoré pour son apport au 400e et qui nous semble en temps normal crédible et honnête — croyait réellement à ce qu'il disait en affirmant, au sujet du volet francophone de l'événement: «[…] qu'on a voulu jouer des trucs plus forts au lieu de saupoudrer l'offre dans la programmation». Finalement, nous avons dû conclure que le résultat était bel et bien là: le Festival d'été de Québec (FEQ), dans sa programmation 2010, a (presque) complètement laissé tomber les artistes québécois, d'une part, et francophones, d'autre part. M. Gélinas aura beau prétendre qu'il y a deux gros spectacles sur les Plaines entrant dans cette catégorie (Vigneault et celui célébrant la chanson), la réalité est limpide: sur les autres scènes, on peut compter les artistes québécois ou francophones sur les doigts d'une seule main! Historiquement, le FEQ a joué un rôle important dans la promotion de la chanson francophone ainsi que dans l'ouverture à de nouveaux genres musicaux et à la musique du monde pour les gens de Québec. Le virage des dernières années, avec hausse du prix du macaron à la clé et un plus grand nombre de «gros noms», ne nous avait pas en soi déplu, car l'équilibre demeurait: chaque année, un lot d'artistes québécois et de toute la Francophonie, de petite à grande envergure, électrisaient toutes les scènes du Festival. De plus, la variété des styles musicaux, bien qu'en décroissance, demeurait. Cette année, hors de Vigneault et d'Arcade Fire, point de salut. Nous adorons le patriarche de la chanson québécoise et le groupe montréalais, mais où sont tous les autres jeunes artistes reconnus et appréciés de la scène musicale québécoise (les Leloup, Moffatt, Vallières, Desjardins, Cowboys Fringants, Patrick Watson, etc.)? On cherche encore des explications. Est-ce la nouvelle directrice de la programmation qui n'a d'yeux que pour les «gros noms»? Est-ce la mystérieuse entente avec les FrancoFolies qui a eu pour effet, littéralement, de marginaliser le volet francophone du FEQ? Est-ce le désir, incessant, du FEQ de toujours grossir au détriment de ses racines et de l'âme même du Festival (qui a toujours compris une composante importante de musique québécoise et francophone)? Peut-on vraiment en espérer plus des quelques annonces qui restent à faire? Mesdames et messieurs du FEQ, pouvez-vous nous répondre? Ou formulé autrement, do you still care about our culture? Source.

 

Lettres – Le Festival d'été perd-il son âme?

3 mai 2010 |Olivier Tremblay et Claire Murati – Québec, le 29 avril 2010 | Actualités culturelles
Au début, nous avons cru à une blague ou à un oubli. Ensuite, nous nous sommes demandé si M. Daniel Gélinas — que nous avons adoré pour son apport au 400e et qui nous semble en temps normal crédible et honnête — croyait réellement à ce qu'il disait en affirmant, au sujet du volet francophone de l'événement: «[…] qu'on a voulu jouer des trucs plus forts au lieu de saupoudrer l'offre dans la programmation». 

Finalement, nous avons dû conclure que le résultat était bel et bien là: le Festival d'été de Québec (FEQ), dans sa programmation 2010, a (presque) complètement laissé tomber les artistes québécois, d'une part, et francophones, d'autre part. M. Gélinas aura beau prétendre qu'il y a deux gros spectacles sur les Plaines entrant dans cette catégorie (Vigneault et celui célébrant la chanson), la réalité est limpide: sur les autres scènes, on peut compter les artistes québécois ou francophones sur les doigts d'une seule main!

Historiquement, le FEQ a joué un rôle important dans la promotion de la chanson francophone ainsi que dans l'ouverture à de nouveaux genres musicaux et à la musique du monde pour les gens de Québec. Le virage des dernières années, avec hausse du prix du macaron à la clé et un plus grand nombre de «gros noms», ne nous avait pas en soi déplu, car l'équilibre demeurait: chaque année, un lot d'artistes québécois et de toute la Francophonie, de petite à grande envergure, électrisaient toutes les scènes du Festival. De plus, la variété des styles musicaux, bien qu'en décroissance, demeurait. Cette année, hors de Vigneault et d'Arcade Fire, point de salut. Nous adorons le patriarche de la chanson québécoise et le groupe montréalais, mais où sont tous les autres jeunes artistes reconnus et appréciés de la scène musicale québécoise (les Leloup, Moffatt, Vallières, Desjardins, Cowboys Fringants, Patrick Watson, etc.)?

On cherche encore des explications. Est-ce la nouvelle directrice de la programmation qui n'a d'yeux que pour les «gros noms»? Est-ce la mystérieuse entente avec les FrancoFolies qui a eu pour effet, littéralement, de marginaliser le volet francophone du FEQ? Est-ce le désir, incessant, du FEQ de toujours grossir au détriment de ses racines et de l'âme même du Festival (qui a toujours compris une composante importante de musique québécoise et francophone)? Peut-on vraiment en espérer plus des quelques annonces qui restent à faire? Mesdames et messieurs du FEQ, pouvez-vous nous répondre? Ou formulé autrement, do you still care about our culture?

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Olivier Tremblay et Claire Murati – Québec, le 29 avril 2010

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