Libre opinion – Ce n’est pas un débat, c’est un combat

20 novembre 2016

Chronique de Bernard Desgagné, Vigile, 21 janvier 2010. Dans un pays normal, la question ne se pose même pas. Mais, lorsqu’on est un peuple colonisé, on avale n’importe quelle couleuvre. On va jusqu’à croire dur comme fer qu’il est xénophobe d’imposer sa langue chez soi. On croit dur comme fer aussi que la colonie anglo-canadienne du Québec est une minorité, alors que c’est une excroissance d’une immense majorité nord-américaine qui ne serait nullement brimée dans son droit d’exister si son infime fraction qui habite le Québec était obligée de s’intégrer à la nation québécoise et d’en adopter la langue. ————- Un jeune militant du Réseau de résistance du Québécois (RRQ), dont je fais partie, m’a relayé la question suivante, qui lui a été posée par un journaliste : « La venue du RRQ amènera-t-elle une radicalisation du débat linguistique et politique ? » Voici ma réponse. Premièrement, ce n’est pas un débat, c’est un combat. Ce que certains appellent une radicalisation est plutôt, à mes yeux, une clarification de la situation. Le RRQ veut que les choses soient claires. Les souverainistes fatigués et démoralisés depuis 1995 se sont perdus dans toutes sortes de méandres. Il y en a qui essaient de justifier l’immobilisme et l’inacceptable. Ils font n’importe quoi pour éviter tout affrontement. Les élites québécoises sont pusillanimes. Les partis politiques souverainistes sont velléitaires. Ils ont intégré la logique insidieuse du bilinguisme et du multiculturalisme. Même s’ils s’en dissocient pour la forme, ils n’en contestent pas les fondements théoriques. « Si le bilinguisme est bon pour certains, il est bon pour tout le monde », a dit récemment un certain chef politique à une émission de télévision très populaire, en pleine campagne électorale. Sans trop s’en rendre compte, les souverainistes se laissent entrainer sur la même pente savonneuse que les descendants de Riel qui se proclament fiers de leurs origines, mais qui sont minorisés à l’extrême ou qui ne disent plus un mot de français. Eux aussi se sont mis un jour à croire que « deux langues valent mieux qu’une » et que « le bilinguisme est un facteur d’enrichissement ». Pauvres inconscients ! Les voilà bien avancés. Le Québec est un pays conquis par la force et asservi depuis 250 ans. Les Québécois ne sont pas habitués de se comporter en peuple libre. Ils ont les réflexes d’un peuple colonisé. Ces réflexes sont profondément ancrés en eux. Au Québec, en 2010, les lois sont en anglais, la justice est en anglais, le commerce est en anglais, les services publics sont en anglais. Le français est une langue insuffisante et superflue. Les Québécois sont dominés et humiliés. Le français n’est pas une véritable langue nationale. En toute objectivité, le statut de l’anglais au Québec est supérieur à celui du français. On est revenu au point de départ après la tentative de Camille Laurin. La Charte de la langue française a été réduite en lambeaux. On se bat pour des lambeaux au lieu de se battre pour un pays de langue française qui nous ressemble. Le RRQ invite les Québécois à se tenir debout et à se comporter en peuple libre. Les peuples libres ne demandent pas la permission avant d’imposer leur langue sur leur territoire. Leur langue est leur loi première. C’est avec cette loi que toutes les autres lois sont écrites. En peuple conquis, les Québécois sont encore obligés de demander la permission et ils se font dire non par Ottawa et par les valets du régime néocolonial à Québec. Est-ce que les provinces anglaises demandent la permission à la Cour suprême pour imposer l’anglais à tout le monde ? Bien sûr que non. Au Canada anglais, presque 100 % des substitutions linguistiques se font vers l’anglais. Il n’y a personne qui se demande, à Toronto, à Winnipeg ou à Vancouver, s’il va apprendre l’anglais ou le français. Tout le monde apprend l’anglais et vit la plupart du temps, sinon tout le temps, dans cette langue. La Cour suprême dit non aux Québécois quand ils veulent imposer le français au Québec. Avec les services « press nine », Jean Charest sème la division en encourageant les immigrés et la colonie anglo-canadienne à ne pas parler français, donc à vivre en marge de la nation québécoise. Jean Charest cultive le mépris de la nation québécoise. Il la regarde se ratatiner en adoptant avec hypocrisie un discours aux accents nationalistes derrière lequel se trouvent des politiques clientélistes et délétères. Il nomme des ennemis de la langue française comme John Trent à l’Office québécois de la langue française. (Je reviendrai sur la pensée de ce suprémaciste et néocolonialiste anglo-saxon dans une prochaine chronique.) Il est temps de dire aux Québécois que tout cela est du délire pur et simple et que ça ne ferait de mal à personne que tous les Québécois sans exception, quelles que soient leur origine et leur langue maternelle, maitrisent la langue nationale du Québec et s’en servent tous les jours. On ne devrait pas être obligé de fournir des services en anglais à des Québécois. On ne devrait pas être obligé de gaspiller des milliards en derniers publics pour bâtir un centre hospitalier universitaire fonctionnant en anglais, véritable gangrène au coeur de la métropole nationale, parce qu’on a peur des crises de nerfs des suprémacistes qui prennent en otage les pleutres de l’Assemblée nationale. Dans un pays normal, la question ne se pose même pas. Mais, lorsqu’on est un peuple colonisé, on avale n’importe quelle couleuvre. On va jusqu’à croire dur comme fer qu’il est xénophobe d’imposer sa langue chez soi. On croit dur comme fer aussi que la colonie anglo-canadienne du Québec est une minorité, alors que c’est une excroissance d’une immense majorité nord-américaine qui ne serait nullement brimée dans son droit d’exister si son infime fraction qui habite le Québec était obligée de s’intégrer à la nation québécoise et d’en adopter la langue. Donc, il s’agit d’un combat, et non un débat, parce qu’il y a, devant les Québécois qui veulent vivre en peuple libre et souverain, des gens qui leur barrent la route depuis longtemps avec des dragons qui crachent le feu et d’autres créatures imaginaires. Ils veulent nous empêcher d’être libres parce qu’ils ont conquis notre pays riche et magnifique et parce que ça les enrage de voir leur État criminel érigé coast-to-coast sur une conquête et sur l’écrasement des autochtones se faire séparer en deux. La raison et le bon sens n’y sont pour rien. La seule logique qui anime nos adversaires est celle de leur sentiment national s’opposant inconditionnellement au nôtre et leur volonté inavouable de nous voir disparaitre. Ils veulent dissoudre notre nation dans le grand ensemble fédéral d’Ottawa. Ils ne l’admettent pas aux Communes, mais leur bilinguisme, c’est l’anglicisation. Et l’anglicisation s’accompagne de l’acculturation. On perd le sens de ses origines. On intègre la conscience historique et la culture véhiculée par la langue du conquérant. Ce n’est pas un débat, c’est un combat. Il s’agit de savoir si les Québécois sont assez fiers et assez lucides pour livrer ce combat ou s’ils vont se laisser endormir par ceux qui veulent tranquillement les faire disparaitre derrière la façade du fédéralisme, sans jamais l’admettre, à grands coups de subterfuges et d’occultation. En faisant semblant qu’on peut être à la fois québécois et soumis au pouvoir d’Ottawa, sans qu’il y ait d’incompatibilité entre l’épanouissement de la nation et le régime voué à sa disparition. Le RRQ fait le pari qu’en se dressant et en agissant concrètement avec intelligence et vigueur, il va redonner aux Québécois une vision claire de leur situation et va les inciter à reprendre énergiquement la lutte jusqu’à la victoire décisive. L’indépendance est à portée de main. N’attendons pas le Messie. Laissons les carriéristes à leur carrière. Il faut avant tout que des Québécois jeunes et courageux se fassent entendre : vous voyez, compatriotes québécois, quand on se tient debout et qu’on se serre les coudes, ils ne peuvent rien contre nous. Alors, imaginez ce que ce sera quand nous cesserons de nous dissocier des militants les plus dynamiques, par peur de l’opprobre, et que nous les suivrons plutôt dans la rue. ——————————————————————————– P.-S. 1- J’invite les lecteurs de Vigile à lire le brillant éditorial de Robert Laplante dans le numéro de janvier 2010 de L’Action nationale, « Cela se paie, comme cela se vend ». Je les invite aussi à écouter la discussion de Robert Laplante et Robin Philpot au sujet de cet éditorial sur les ondes de CIBL, le 18 janvier, à l’émission L’Effet versant. 2- La volonté de la nation canadienne-anglaise de nous voir disparaitre se manifeste des plus clairement dans l’éditorial du 21 janvier du journal de combat The Gazette, qui réclame sans gêne la fermeture de toutes les délégations du Québec à l’étranger pour envoyer l’argent ainsi épargné sous forme d’aide à Haïti. Bien entendu, les ambassades du Canada, elles, resteront ouvertes. « L’anglosphère » dont parle Robert Laplante et dont les contribuables québécois subventionnent généreusement l’épanouissement ne fait pas que croitre en marge de la nation québécoise, elle lui est carrément hostile, comme un cancer. Source.

 

Ce n’est pas un débat, c’est un combat

Chronique de Bernard Desgagné
jeudi 21 janvier 2010

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Un jeune militant du Réseau de résistance du Québécois (RRQ), dont je fais partie, m’a relayé la question suivante, qui lui a été posée par un journaliste : « La venue du RRQ amènera-t-elle une radicalisation du débat linguistique et politique ? » Voici ma réponse.

Premièrement, ce n’est pas un débat, c’est un combat. Ce que certains appellent une radicalisation est plutôt, à mes yeux, une clarification de la situation. Le RRQ veut que les choses soient claires.

Les souverainistes fatigués et démoralisés depuis 1995 se sont perdus dans toutes sortes de méandres. Il y en a qui essaient de justifier l’immobilisme et l’inacceptable. Ils font n’importe quoi pour éviter tout affrontement. Les élites québécoises sont pusillanimes. Les partis politiques souverainistes sont velléitaires. Ils ont intégré la logique insidieuse du bilinguisme et du multiculturalisme. Même s’ils s’en dissocient pour la forme, ils n’en contestent pas les fondements théoriques. « Si le bilinguisme est bon pour certains, il est bon pour tout le monde », a dit récemment un certain chef politique à une émission de télévision très populaire, en pleine campagne électorale. Sans trop s’en rendre compte, les souverainistes se laissent entrainer sur la même pente savonneuse que les descendants de Riel qui se proclament fiers de leurs origines, mais qui sont minorisés à l’extrême ou qui ne disent plus un mot de français. Eux aussi se sont mis un jour à croire que « deux langues valent mieux qu’une » et que « le bilinguisme est un facteur d’enrichissement ». Pauvres inconscients ! Les voilà bien avancés.

Le Québec est un pays conquis par la force et asservi depuis 250 ans. Les Québécois ne sont pas habitués de se comporter en peuple libre. Ils ont les réflexes d’un peuple colonisé. Ces réflexes sont profondément ancrés en eux. Au Québec, en 2010, les lois sont en anglais, la justice est en anglais, le commerce est en anglais, les services publics sont en anglais. Le français est une langue insuffisante et superflue. Les Québécois sont dominés et humiliés. Le français n’est pas une véritable langue nationale. En toute objectivité, le statut de l’anglais au Québec est supérieur à celui du français. On est revenu au point de départ après la tentative de Camille Laurin. La Charte de la langue française a été réduite en lambeaux. On se bat pour des lambeaux au lieu de se battre pour un pays de langue française qui nous ressemble.

Le RRQ invite les Québécois à se tenir debout et à se comporter en peuple libre. Les peuples libres ne demandent pas la permission avant d’imposer leur langue sur leur territoire. Leur langue est leur loi première. C’est avec cette loi que toutes les autres lois sont écrites. En peuple conquis, les Québécois sont encore obligés de demander la permission et ils se font dire non par Ottawa et par les valets du régime néocolonial à Québec. 

Est-ce que les provinces anglaises demandent la permission à la Cour suprême pour imposer l’anglais à tout le monde ? Bien sûr que non. Au Canada anglais, presque 100 % des substitutions linguistiques se font vers l’anglais. Il n’y a personne qui se demande, à Toronto, à Winnipeg ou à Vancouver, s’il va apprendre l’anglais ou le français. Tout le monde apprend l’anglais et vit la plupart du temps, sinon tout le temps, dans cette langue.

La Cour suprême dit non aux Québécois quand ils veulent imposer le français au Québec. Avec les services « press nine », Jean Charest sème la division en encourageant les immigrés et la colonie anglo-canadienne à ne pas parler français, donc à vivre en marge de la nation québécoise. Jean Charest cultive le mépris de la nation québécoise. Il la regarde se ratatiner en adoptant avec hypocrisie un discours aux accents nationalistes derrière lequel se trouvent des politiques clientélistes et délétères. Il nomme des ennemis de la langue française comme John Trent à l’Office québécois de la langue française. (Je reviendrai sur la pensée de ce suprémaciste et néocolonialiste anglo-saxon dans une prochaine chronique.)

Il est temps de dire aux Québécois que tout cela est du délire pur et simple et que ça ne ferait de mal à personne que tous les Québécois sans exception, quelles que soient leur origine et leur langue maternelle, maitrisent la langue nationale du Québec et s’en servent tous les jours. On ne devrait pas être obligé de fournir des services en anglais à des Québécois. On ne devrait pas être obligé de gaspiller des milliards en derniers publics pour bâtir un centre hospitalier universitaire fonctionnant en anglais, véritable gangrène au coeur de la métropole nationale, parce qu’on a peur des crises de nerfs des suprémacistes qui prennent en otage les pleutres de l’Assemblée nationale.

Dans un pays normal, la question ne se pose même pas. Mais, lorsqu’on est un peuple colonisé, on avale n’importe quelle couleuvre. On va jusqu’à croire dur comme fer qu’il est xénophobe d’imposer sa langue chez soi. On croit dur comme fer aussi que la colonie anglo-canadienne du Québec est une minorité, alors que c’est une excroissance d’une immense majorité nord-américaine qui ne serait nullement brimée dans son droit d’exister si son infime fraction qui habite le Québec était obligée de s’intégrer à la nation québécoise et d’en adopter la langue.

Donc, il s’agit d’un combat, et non un débat, parce qu’il y a, devant les Québécois qui veulent vivre en peuple libre et souverain, des gens qui leur barrent la route depuis longtemps avec des dragons qui crachent le feu et d’autres créatures imaginaires. Ils veulent nous empêcher d’être libres parce qu’ils ont conquis notre pays riche et magnifique et parce que ça les enrage de voir leur État criminel érigécoast-to-coast sur une conquête et sur l’écrasement des autochtones se faire séparer en deux. La raison et le bon sens n’y sont pour rien. La seule logique qui anime nos adversaires est celle de leur sentiment national s’opposant inconditionnellement au nôtre et leur volonté inavouable de nous voir disparaitre. Ils veulent dissoudre notre nation dans le grand ensemble fédéral d’Ottawa. Ils ne l’admettent pas aux Communes, mais leur bilinguisme, c’est l’anglicisation. Et l’anglicisation s’accompagne de l’acculturation. On perd le sens de ses origines. On intègre la conscience historique et la culture véhiculée par la langue du conquérant.

Ce n’est pas un débat, c’est un combat. Il s’agit de savoir si les Québécois sont assez fiers et assez lucides pour livrer ce combat ou s’ils vont se laisser endormir par ceux qui veulent tranquillement les faire disparaitre derrière la façade du fédéralisme, sans jamais l’admettre, à grands coups de subterfuges et d’occultation. En faisant semblant qu’on peut être à la fois québécois et soumis au pouvoir d’Ottawa, sans qu’il y ait d’incompatibilité entre l’épanouissement de la nation et le régime voué à sa disparition. Le RRQ fait le pari qu’en se dressant et en agissant concrètement avec intelligence et vigueur, il va redonner aux Québécois une vision claire de leur situation et va les inciter à reprendre énergiquement la lutte jusqu’à la victoire décisive. 

L’indépendance est à portée de main. N’attendons pas le Messie. Laissons les carriéristes à leur carrière. Il faut avant tout que des Québécois jeunes et courageux se fassent entendre : vous voyez, compatriotes québécois, quand on se tient debout et qu’on se serre les coudes, ils ne peuvent rien contre nous. Alors, imaginez ce que ce sera quand nous cesserons de nous dissocier des militants les plus dynamiques, par peur de l’opprobre, et que nous les suivrons plutôt dans la rue.


P.-S.

1- J’invite les lecteurs de Vigile à lire le brillant éditorial de Robert Laplante dans le numéro de janvier 2010 de L’Action nationale, « Cela se paie, comme cela se vend ». Je les invite aussi à écouter la discussion de Robert Laplante et Robin Philpot au sujet de cet éditorial sur les ondes de CIBL, le 18 janvier, à l’émission L’Effet versant.

2- La volonté de la nation canadienne-anglaise de nous voir disparaitre se manifeste des plus clairement dans l’éditorial du 21 janvier du journal de combat The Gazette, qui réclame sans gêne la fermeture de toutes les délégations du Québec à l’étrangerpour envoyer l’argent ainsi épargné sous forme d’aide à Haïti. Bien entendu, les ambassades du Canada, elles, resteront ouvertes. « L’anglosphère » dont parle Robert Laplante et dont les contribuables québécois subventionnent généreusement l’épanouissement ne fait pas que croitre en marge de la nation québécoise, elle lui est carrément hostile, comme un cancer.

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