Libre opinion – Le Québec, uni par quoi?

20 novembre 2016

Jean Beaudin, Gatineau, Le Devoir, 17 mai 2010.

Tout le Québec en marche pour vivre en français!

Uni par la langue? Au-delà de tout! La langue est au coeur de notre quotidien, du soir au matin, au coeur de nos échanges, de nos pensées, de nos rêves, de nos réflexions, de nos discussions, au travail, à la maison, au troquet, en amour, partout. Elle nous accompagne constamment. Elle ne nous quitte jamais. Elle nous permet de nous exprimer et de communiquer par écrit et verbalement, d'interagir et de nous affirmer. ———— Le Québec, uni par la religion? Non, je ne crois pas. Fondamentalement, parce que la pratique de la religion ou de toute forme de spiritualité est une démarche individuelle, personnelle. Et aussi parce que la religion a un énorme pouvoir de désunion lorsqu'elle devient la proie du dogmatisme et du fanatisme. Uni par la culture? Assurément. Mais la culture est une notion englobante tellement vaste, difficile à cerner et à définir d'une manière unanime. On peut ratisser très large en matière de culture. Selon l'UNESCO, la culture peut aujourd'hui être considérée, dans son sens le plus large, comme l'ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe, outre les arts, les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l'être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances. Et selon le sociologue québécois Guy Rocher, la culture est un ensemble lié de manières de penser, de sentir et d'agir plus ou moins formalisées qui, étant apprises et partagées par une pluralité de personnes, servent, d'une manière à la fois objective et symbolique, à constituer ces personnes en une collectivité particulière et distincte. La culture unit donc, certes, mais dans une optique très large, trop large selon moi pour pouvoir pour être considérée comme le facteur unificateur déterminant et incontestable. Uni par les valeurs? Sans aucun doute, mais par des valeurs communes à bien des gens, d'ici et d'ailleurs, des valeurs que l'on qualifie souvent d'universelles et que toute société évoluée souhaite véhiculer dans toutes ses sphères d'activité. La famille, la tradition, l'égalité, la fraternité, la liberté, la fidélité, le respect, la justice, l'entraide, le partage, l'intégrité, la loyauté, le courage, l'honnêteté, l'équité, la responsabilité, par exemple, sont des valeurs planétaires qui soudent le genre humain dans son ensemble. Il existe aussi une multitude de valeurs institutionnelles et organisationnelles. Bref, tout comme les définitions de culture, les valeurs se déclinent à la centaine. Uni par la langue? Au-delà de tout! La langue est au coeur de notre quotidien, du soir au matin, au coeur de nos échanges, de nos pensées, de nos rêves, de nos réflexions, de nos discussions, au travail, à la maison, au troquet, en amour, partout. Elle nous accompagne constamment. Elle ne nous quitte jamais. Elle nous permet de nous exprimer et de communiquer par écrit et verbalement, d'interagir et de nous affirmer. Au Québec, le français est l'outil unificateur qui nous permettra de redresser l'échine et d'orienter ensemble notre destinée. Sans le français, nous nous diluerons et serons absorbés par l'anglais. On ne peut d'ailleurs nier que l'intrus est d'ailleurs bien présent. Il faudra que la loi 101 morde beaucoup plus fort. Le but n'est pas d'empêcher les anglophones, les Italiens, les Chinois, les Portugais, les Arabes, etc., de parler leur langue maternelle entre eux, à la maison aussi bien que dans la rue. Il faut plutôt faire en sorte que tous les citoyens québécois, peu importe leur nationalité d'origine, puissent travailler, fonctionner, demander des soins de santé et lire la réglementation municipale en français. On parlera alors d'une véritable intégration. Affirmer notre identité française C'est à partir de ce constat d'intégration linguistique que le véritable échange interculturel peut se faire. Autrement, c'est de l'envahissement et du piétinement. Si nous abandonnons notre langue au profit de l'anglais, nous sommes cuits. Il faut affirmer notre identité française, sans quoi le Québec risque de se transformer en «Kwebek» (dixit Josée Legault, dans Voir Outaouais, 29 avril 2010). L'Italie ne serait pas l'Italie sans l'italien, l'Allemagne pas l'Allemagne sans l'allemand, le Japon pas le Japon sans le japonais et… le Canada pas le Canada sans l'anglais. Et le Québec alors… C'est simple, pour être véritablement Québécois, il est impératif de parler français. Et le Québec ne pourra survivre sans le français. Il faut donc que chaque Québécois sans exception puisse s'exprimer en français. Il faut prendre tous les moyens démocratiques en place pour maintenir, renforcer et affirmer incontestablement et juridiquement le caractère français du Québec. J'ai récemment passé deux semaines à Cuba, et j'étais fier d'avoir appris suffisamment d'espagnol pour pouvoir me débrouiller dans l'idiome local de ce merveilleux pays. Dans une telle optique, j'ai du mal à comprendre que des unilingues anglophones et des allophones anglophiles choisissent de s'établir à demeure au Québec (et non uniquement pour deux semaines) sans accorder la moindre importance à la langue d'usage et d'accueil! Qualifier cette attitude d'inconcevable est un euphémisme. Je vis à Gatineau, qui est un puissant pôle d'attraction pour les anglophones de la grande région d'Ottawa. L'anglicisation de cette ville frontalière s'intensifie dangereusement. Le phénomène est d'ailleurs probablement plus prononcé encore qu'à Montréal. Tout simplement à cause de la proximité de l'Ontario. Et le phénomène n'est même plus insidieux, les nouveaux arrivants entrant au Québec à pleine porte pour s'y établir au rabais, les maisons étant beaucoup moins chères que du côté ontarien. Les politiciens en place à Gatineau et à Québec sont soit aveugles, soit inconscients, soit complices. Faites vos jeux. Mais pensez-y bien. L'enjeu du français, de la survie de notre langue est majeur, déterminant, vital. Pensons-y bien. Source.

 

Libre opinion – Le Québec, uni par quoi?

17 mai 2010 |Jean Beaudin – Gatineau | Actualités en société
Le Québec, uni par la religion? Non, je ne crois pas. Fondamentalement, parce que la pratique de la religion ou de toute forme de spiritualité est une démarche individuelle, personnelle. Et aussi parce que la religion a un énorme pouvoir de désunion lorsqu'elle devient la proie du dogmatisme et du fanatisme.

Uni par la culture? Assurément. Mais la culture est une notion englobante tellement vaste, difficile à cerner et à définir d'une manière unanime. On peut ratisser très large en matière de culture. Selon l'UNESCO, la culture peut aujourd'hui être considérée, dans son sens le plus large, comme l'ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe, outre les arts, les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l'être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances.

Et selon le sociologue québécois Guy Rocher, la culture est un ensemble lié de manières de penser, de sentir et d'agir plus ou moins formalisées qui, étant apprises et partagées par une pluralité de personnes, servent, d'une manière à la fois objective et symbolique, à constituer ces personnes en une collectivité particulière et distincte. La culture unit donc, certes, mais dans une optique très large, trop large selon moi pour pouvoir pour être considérée comme le facteur unificateur déterminant et incontestable. 

Uni par les valeurs? Sans aucun doute, mais par des valeurs communes à bien des gens, d'ici et d'ailleurs, des valeurs que l'on qualifie souvent d'universelles et que toute société évoluée souhaite véhiculer dans toutes ses sphères d'activité. La famille, la tradition, l'égalité, la fraternité, la liberté, la fidélité, le respect, la justice, l'entraide, le partage, l'intégrité, la loyauté, le courage, l'honnêteté, l'équité, la responsabilité, par exemple, sont des valeurs planétaires qui soudent le genre humain dans son ensemble. Il existe aussi une multitude de valeurs institutionnelles et organisationnelles. Bref, tout comme les définitions de culture, les valeurs se déclinent à la centaine. 

Uni par la langue? Au-delà de tout! La langue est au coeur de notre quotidien, du soir au matin, au coeur de nos échanges, de nos pensées, de nos rêves, de nos réflexions, de nos discussions, au travail, à la maison, au troquet, en amour, partout. Elle nous accompagne constamment. Elle ne nous quitte jamais. Elle nous permet de nous exprimer et de communiquer par écrit et verbalement, d'interagir et de nous affirmer.

Au Québec, le français est l'outil unificateur qui nous permettra de redresser l'échine et d'orienter ensemble notre destinée. Sans le français, nous nous diluerons et serons absorbés par l'anglais. On ne peut d'ailleurs nier que l'intrus est d'ailleurs bien présent. Il faudra que la loi 101 morde beaucoup plus fort. Le but n'est pas d'empêcher les anglophones, les Italiens, les Chinois, les Portugais, les Arabes, etc., de parler leur langue maternelle entre eux, à la maison aussi bien que dans la rue. Il faut plutôt faire en sorte que tous les citoyens québécois, peu importe leur nationalité d'origine, puissent travailler, fonctionner, demander des soins de santé et lire la réglementation municipale en français. On parlera alors d'une véritable intégration.

Affirmer notre identité française

C'est à partir de ce constat d'intégration linguistique que le véritable échange interculturel peut se faire. Autrement, c'est de l'envahissement et du piétinement. Si nous abandonnons notre langue au profit de l'anglais, nous sommes cuits. Il faut affirmer notre identité française, sans quoi le Québec risque de se transformer en «Kwebek» (dixit Josée Legault, dans Voir Outaouais, 29 avril 2010). L'Italie ne serait pas l'Italie sans l'italien, l'Allemagne pas l'Allemagne sans l'allemand, le Japon pas le Japon sans le japonais et… le Canada pas le Canada sans l'anglais. Et le Québec alors… 

C'est simple, pour être véritablement Québécois, il est impératif de parler français. Et le Québec ne pourra survivre sans le français. Il faut donc que chaque Québécois sans exception puisse s'exprimer en français. Il faut prendre tous les moyens démocratiques en place pour maintenir, renforcer et affirmer incontestablement et juridiquement le caractère français du Québec. 

J'ai récemment passé deux semaines à Cuba, et j'étais fier d'avoir appris suffisamment d'espagnol pour pouvoir me débrouiller dans l'idiome local de ce merveilleux pays. Dans une telle optique, j'ai du mal à comprendre que des unilingues anglophones et des allophones anglophiles choisissent de s'établir à demeure au Québec (et non uniquement pour deux semaines) sans accorder la moindre importance à la langue d'usage et d'accueil! Qualifier cette attitude d'inconcevable est un euphémisme.

Je vis à Gatineau, qui est un puissant pôle d'attraction pour les anglophones de la grande région d'Ottawa. L'anglicisation de cette ville frontalière s'intensifie dangereusement. Le phénomène est d'ailleurs probablement plus prononcé encore qu'à Montréal. Tout simplement à cause de la proximité de l'Ontario. Et le phénomène n'est même plus insidieux, les nouveaux arrivants entrant au Québec à pleine porte pour s'y établir au rabais, les maisons étant beaucoup moins chères que du côté ontarien.

Les politiciens en place à Gatineau et à Québec sont soit aveugles, soit inconscients, soit complices. Faites vos jeux. Mais pensez-y bien. L'enjeu du français, de la survie de notre langue est majeur, déterminant, vital. Pensons-y bien.

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Jean Beaudin – Gatineau

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