Claude Bachand, Laval, 23 octobre 2009. « Il me semble que l’endroit idéal pour parfaire ses connaissances du français, pour rassembler les jeunes Québécois de toutes origines, appartenances ou allégeances confondues, devrait être le cégep francophone. Le français n’est-il pas la langue commune, celle qui devrait rassembler et permettre à tous les Québécois de communiquer ensemble? ————– Dans un quotidien de Montréal, le 17 septembre, monsieur Gaétan Boucher, le président-directeur général de la Fédération des cégeps, affirme qu’il est favorable au libre-choix de la langue d’enseignement au niveau collégial. Pour justifier sa prise de position, il déclare que « Les chiffres sont là pour le démontrer : de plus en plus d’allophones issus du secondaire francophone étudient aujourd’hui dans un collège public ou privé francophone ( 60,4% en 2006 selon les derniers chiffres disponibles) plutôt que dans un collège anglophone ( 39,6%) » Comment peut-il être satisfait de ces statistiques alors que la loi 101 existe depuis 1977. Après 32 ans d’application dans nos écoles primaires et secondaires, nous ne réussissons à retenir au cégep francophone que 60% des enfants de la loi 101? Alors que la minorité anglaise du Québec ne compte que pour environ 10% de la population, elle attire encore 40% de nos jeunes allophones dans ses cégeps? Et il faudrait en être fier? Quant à moi, il s’agit d’un échec : si la population du Québec est encore constituée de 80% de francophones, on devrait retrouver dans ses cégeps au moins 80% et même 90% des collégiens allophones. Comment se satisfaire que presque la moitié de ces étudiants de la loi 101 se retrouvent dans les cégeps anglophones. Monsieur Boucher ajoute que la Commission des états généraux sur la situation et l’avenir de la langue française, mise sur pied par le Parti québécois en 2001, avait proposé , tout en rejetant l’hypothèse du cégep obligatoire en français, « de considérer le collégial comme un lieu de maîtrise du français et de perfectionnement de l’anglais et d’une troisième langue…que le réseau collégial devienne un bouillon de culture québécoise dans toutes ses manifestations et une agora où se fréquenteraient les citoyens, toutes origines, appartenances ou allégeances confondues.» Je suis tout à fait d’accord avec cette idée, mais il me semble que l’endroit idéal pour parfaire ses connaissances du français, pour rassembler les jeunes Québécois de toutes origines, appartenances ou allégeances confondues, devrait être le cégep francophone. Le français n’est-il pas la langue commune, celle qui devrait rassembler et permettre à tous les Québécois de communiquer ensemble? Les Québécois sont déjà l’un des peuples les plus bilingues au monde et au cégep francophone, on peut aussi continuer à perfectionner son anglais et même y apprendre une autre langue. Monsieur Boucher, pour vivre ce bouillon de culture québécoise dont vous parlez, le cégep anglophone est-il préférable au cégep francophone? La réponse me semble évidente. Monsieur Bernard Landry, dans le même quotidien, le 12 septembre, affirme « Qu’on ne lit pas autant le Devoir, La Presse et le Journal de Montréal à Dawson qu’au cégep du Vieux-Montréal. Ni que l’on présente René Lévesque et Pierre Elliott Trudeau de la même façon à Vanier qu’au cégep de Joliette. » Il doute aussi que Gilles Vigneault, Félix Leclerc et Gaston Miron soient aussi connus et appréciés dans les cégeps anglophones. Et que la Conquête et la Rébellion des Patriotes soient présentées de la même manière. Monsieur Landry a raison, dommage qu’il n’y ait pas pensé avant, alors qu’il était aux commandes de l’État québécois. »
Publié le 17 septembre 2009 à 09h55 | Mis à jour le 17 septembre 2009 à 10h00
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Langue d'enseignement au cégep: le Québec a fait le bon choix
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Gaëtan Boucher, président-directeur général de la Fédération des cégeps
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Contrairement à ce que M. Bernard Landry affirme, le Québec ne s'est pas trompé en préservant il y a 30 ans le libre choix de la langue d'enseignement au niveau collégial. Les chiffres sont là pour le démontrer: de plus en plus d'allophones issus du secondaire francophone étudient aujourd'hui dans un collège public ou privé francophone (60,4 % en 2006, selon les derniers chiffres disponibles) plutôt que dans un collège anglophone (39,6 %). La tendance des allophones à poursuivre des études collégiales en français après avoir complété un parcours secondaire francophone est d'ailleurs en hausse depuis 2001. Quant au nombre de francophones qui fréquentent un collège anglophone, il a diminué de plus de 10% depuis 1997.
En dix ans, le nombre d'allophones et de francophones qui fréquentent le réseau collégial en anglais est resté rigoureusement le même: moins de 13 000 étudiants, ce qui représente 8% de la population étudiante totale des collèges publics et privés. Il s'agit donc d'un phénomène limité. Il n'y a pas là de quoi conclure à la nécessité d'étendre au collégial – un niveau d'enseignement post-obligatoire – la disposition de la loi 101 en vigueur aux niveaux d'enseignement précédents.
Bouillon de culture québécoise
Ce qui ne veut pas dire qu'il ne faut rien faire. La situation du français au Québec mérite toujours la plus grande vigilance mais, plutôt que de restreindre l'accès au cégep anglophone, nous pensons qu'il faut consolider la capacité du réseau collégial à offrir aux jeunes et aux adultes les compétences linguistiques – en français, en anglais et dans une autre langue – dont ils auront de plus en plus besoin.
C'était d'ailleurs l'avis que la Commission des États généraux sur la situation et l'avenir de la langue française, mise sur pied par le gouvernement du Parti québécois, avait formulé en 2001. Tout en rejetant l'hypothèse du cégep obligatoire en français, la Commission proposait dans son rapport final de considérer le collégial comme un lieu de maîtrise du français et de perfectionnement de l'anglais et d'une troisième langue. Elle suggérait dans la foulée que le réseau collégial devienne un «bouillon de culture québécoise dans toutes ses manifestations et une agora où se fréquenteraient les citoyens, toutes origines, appartenances ou allégeances confondues».
C'est dans cet esprit que travaillent tous les cégeps, dont ceux de langue anglaise. Par exemple, des activités sont coordonnées avec les établissements francophones en vue de favoriser les échanges entre groupes d'étudiants; dans plusieurs programmes techniques de certains secteurs névralgiques, comme la santé, les étudiants suivent une formation spécifique afin de maîtriser la terminologie française propre à leur champ de spécialisation; des événements, telle une semaine thématique consacrée à la francophonie, sont organisés dans des établissements afin d'exposer les étudiants à des oeuvres de la culture québécoise; et des stages ainsi que des cours complémentaires sont offerts uniquement dans la langue seconde dans un certain nombre de programmes.
Avancer sur d'autres fronts
Les cinq cégeps anglophones du réseau collégial public, qui compte au total 48 établissements, sont donc soucieux de consolider chez les étudiants la connaissance de la langue française et la capacité de fonctionner en français au Québec. Ces cégeps sont très conscients des enjeux reliés à la francisation et à l'intégration à la société québécoise, ils prennent régulièrement des initiatives en ce sens et sont prêts à accentuer encore leurs efforts.
Cependant, on ne saurait faire porter uniquement aux cégeps la responsabilité d'intégrer les personnes immigrantes, de susciter leur adhésion aux valeurs et à la culture québécoises, et de freiner le pouvoir d'attraction de la langue anglaise. Il ne fait aucun doute que les cégeps contribuent à ces objectifs par l'enseignement qu'ils offrent, les services qu'ils fournissent à la collectivité et le milieu de vie pluriel et dynamique qu'ils constituent. Mais croire que la fréquentation obligatoire du cégep en français résoudra la question de l'intégration des nouveaux arrivants, comme le laisse entendre M. Landry, est illusoire. C'est en outre faire porter un poids très lourd – l'avenir de la langue française au Québec – aux jeunes allophones, ce qui nous paraît démesuré.
Le débat doit plutôt s'engager sur ce que le Québec doit faire de plus, et de mieux, sur d'autres fronts. Que l'on songe par exemple à l'accueil des personnes immigrantes, à la valorisation de la langue française, à la reconnaissance des diplômes étrangers et à l'intégration des nouveaux arrivants au marché du travail québécois. Il y a là, selon nous, des pistes autrement plus prometteuses que de rendre le cégep obligatoire en français.
Gaëtan Boucher, président-directeur général de la Fédération des cégeps


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