Nous avons un rôle crucial à jouer dans l’accueil et la francisation des nouveaux arrivants.

18 décembre 2019

C’est avant tout à Montréal qu’il faut faire du français la langue publique commune. La région métropolitaine comprend près de la moitié de la population du Québec. Elle englobe près de 80 % de la population d’expression anglaise, héberge la direction de la plupart des filiales d’entreprises étrangères et accueille plus de 85 % des nouveaux arrivants qui s’établissent au Québec. Le sort du français se joue donc à Montréal. Comme c’est le cas pour la langue officielle dans la plupart des États, au Québec, le français devrait normalement être non seulement la langue utilisée par les francophones, mais la langue publique commune, c’est-à-dire celle parlée entre citoyens de langues maternelles différentes, ainsi que la langue d’intégration des immigrants. Que les Anglo-Québécois parlent anglais entre eux ; les Sino-Québécois, le mandarin ; les Maghrébo-Québécois, l’arabe, etc., rien de plus normal. Cependant, lorsque des personnes de langues diverses se croisent au Québec, le français devrait être la langue normale et habituelle de leurs échanges. Faire du français la langue commune et officielle du Québec est essentiel à la cohésion sociale, à l’inclusion et à la pleine participation de toutes et de tous à la même sphère de droits et de devoirs. Il faut connaître et utiliser une même langue pour se comprendre et pour former une société unie et solidaire. C’est dans cet esprit pluraliste et inclusif que la Charte de la langue française a été adoptée. La connaissance de plusieurs langues constitue un enrichissement personnel, mais le bilinguisme anglais-français des institutions publiques crée un clivage qui nuit à l’intégration. René Lévesque affirmait qu’à sa manière, chaque affiche bilingue dit à l’immigrant : « Il y a deux langues ici, le français et l’anglais ; on choisit celle qu’on veut. » Elle dit à l’anglophone : « Pas besoin d’apprendre le français, tout est traduit. » De même, si les services publics sont systématiquement disponibles dans les deux langues, les nouveaux citoyens comprendront que la société d’accueil québécoise ne tient pas spécialement à ce qu’ils apprennent le français. Dans le contexte canadien et nord-américain, le français est alors forcément perçu comme une langue utile, mais non nécessaire. Le bilinguisme institutionnel avantage toujours l’anglais, jamais le français à l’extérieur du Québec ; son introduction, là où elle s’est faite, n’a pas ralenti l’assimilation massive des francophones, qui s’est, au contraire, accélérée. Des francophones de diverses origines sont également lésés lorsque les droits linguistiques fondamentaux définis par la Charte de la langue française ne sont pas respectés. La violation du droit de travailler en français atteint durement les nouveaux arrivants francisés à qui on avait dit que le français est la langue officielle et commune du Québec. Très souvent, ces derniers se retrouvent face à des offres d’emploi où la connaissance de l’anglais est exigée sans justification, souvent dans des secteurs qui n’ont rien à voir avec le tourisme ou le commerce international. Le clivage linguistique entre Montréal et les autres régions du Québec nuit autant à l’inclusion des nouveaux arrivants qu’au droit des Québécoises et des Québécois d’assurer la survie et l’épanouissement de la culture et de la langue française.

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