Redonnons de l’oxygène au cégep français

25 novembre 2020

Redonnons de l’oxygène au cégep français

Journal de Montréal, 25 novembre 2020

Nous, professeurs et professeures de cégep, sommes inquiets pour l’avenir du cégep français, en particulier dans la métropole.

Le plus gros cégep au Québec est de langue anglaise et quasiment 50 % des places au préuniversitaire, sur l’île de Montréal, sont aux cégeps anglais; elles sont d’ailleurs occupées par une majorité de francophones et d’allophones pour qui cela constitue une rampe vers l’anglicisation (90 % d’entre eux fréquenteront l’université anglaise, et la majorité travailleront en anglais). Les cégeps français souffrent de cette concurrence dans leur chair et leur âme.

Cette dynamique linguistique, outre qu’elle fait planer des nuages noirs sur l’avenir du français dans notre coin de l’Amérique du Nord, est en train de créer, lentement mais sûrement, une perte de sens dans les cégeps français de Montréal. Elle entraîne des effets pervers qui commencent à dénaturer nos institutions et notre profession.

Nous pensons notamment à nos collègues précaires. Si la pandémie est venue regonfler timidement les effectifs étudiants un peu partout, le recrutement a été difficile dans plusieurs programmes francophones au cours des dernières années, alors que les cégeps anglais faisaient largement le plein. La dynamique linguistique entraîne une détérioration du marché du travail pour l’enseignement collégial en français.

Par ailleurs, du seul fait de la langue d’enseignement, les cégeps anglais sont plus attirants pour un grand nombre d’étudiants et d’étudiantes. À Montréal, cela permet aux directions de procéder à une sélection drastique (Dawson, par exemple, n’accepte que 30% des demandes d’admission) : tant et si bien que les cégeps anglais siphonnent l’élite étudiante montréalaise, toutes langues maternelles confondues. Dans le préuniversitaire, ceux et celles qui fréquentent les cégeps français le font, trop souvent, parce qu’ils ont été refusés dans les cégeps anglais, ce qui est démotivant autant pour les étudiant.e.s que pour les professeur.e.s. L’impression est d’ailleurs en train d’émerger que les cégeps français sont un pis-aller, pour ne pas dire une voie de garage. Un système collégial public à deux vitesses, séparé sur une base linguistique, est en train de se mettre en place dans notre métropole. Et ce sont les études en français qui sont dévaluées. Au Québec. C’est décourageant.

Les administrations, prisonnières d’une logique concurrentielle, réagissent comme réagiraient des entreprises : elles essaient de modifier leur « produit » en fonction des désirs de la « clientèle ». C’est-à-dire qu’elles sont tentées de  « bilinguiser » les cégeps français. Mais si la concurrence linguistique entre à l’intérieur de nos murs, Molière finira par mordre la poussière. De plus, ces cours qui seraient dorénavant dispensés en anglais, qui les donnera? Si certains d’entre nous auraient la compétence pour le faire, plusieurs ne l’auraient pas : il y a un saut quantique entre la connaissance habituelle au Québec de la langue anglaise et l’aptitude à enseigner dans une autre langue que sa langue maternelle. Et quand bien même nous aurions cette compétence, qu’adviendra-t-il si nous ne le voulons pas? Perdons-nous notre travail? Seront-nous remplacés, dans les cégeps français mêmes, par des professeurs anglophones?

Que de telles questions en soient venues à se poser, cela n’est pas normal.

Le gouvernement doit réagir et il doit le faire maintenant. Cette insécurité linguistique pèse sur les professeurs et les professeures. Elle commence à nuire à notre travail : voilà en effet que nous devons perdre du temps à éplucher des statistiques et rédiger des lettres ouvertes!

Nous attendons de notre gouvernement qu’il ré-équilibre la situation. Qu’il ouvre enfin les portes: les cégeps français ont besoin d’oxygène.

Collectif de professeurs et professeures de cégep

Yannick Lacroix (Maisonneuve)

Richard Vaillancourt (Bois-de-Boulogne)

Alexandre Cloutier (Bois-de-Boulogne)

Céline B. La Terreur (Vieux-Montréal)

Claude André (Rosemont)

Pascal Léveillé (Maisonneuve)

Jacques Chamberland (Maisonneuve)

François Dugré (Ste-Hyacinthe)

Alexandre D. Lahaie (Ahuntsic)

Danièle Létocha (retraitée Rosemont)

Gilles Parent (Outaouais)

Georges-Rémy Fortin (Bois-de-Boulogne)

Patrick Moreau (Ahuntsic)

Nicolas Bourdon (Bois-de-Boulogne)

Olivier Laroche (Saint-Laurent)

Jean-François Marçal (Maisonneuve)
Nicole Garet, (retraitée Bois-de-Boulogne)

Richard Montour (retraité Bois-de-Boulogne)

Mercedes Font (Vieux-Montréal)

Sébastien Mussi (Maisonneuve)

Philémon Turcotte (Gérald-Godin)

Guylaine Mireault (Gérald-Godin)

Sandra Dubé (Gérald-Godin)

Sandra Laroche (Gérald-Godin)

Olivier R. Loubier (Gérald-Godin)

Zeina Chamma (Gérald-Godin)

Sylvain Benoit (Gérald-Godin)

Réjean Bergeron (Gérald-Godin)

Marc-André Vaudreuil (Gérald-Godin)

Patrick Barrest (Gérald-Godin)

France Giroux (retraitée Montmorency)

Christian Arcand (Gérald-Godin)

Philippe Girard (CRLA)

Pascal Gagné (Gérald-Godin)

Karine Jean St-Gelais (Bois-de-Boulogne)

François Parent (Marie-Victorin)

Marie Josée Lévesque (Gérald-Godin)

Mathieu Chalifour-Ouellet (Gérald-Godin)

Christiane Cheyney (Vieux-Montréal)

 Nicolas Talbot (Saint-Laurent)

Sébastien Beaumont (Saint-Laurent)

Christian Bélanger (Saint-Laurent)

Naïla Sinave (Saint-Laurent)

Isabelle Bernier (Saint-Laurent)

Katherine Lalonde (Saint-Laurent)

Jean-François Bourgeault (Saint-Laurent)

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