FABRICE DE PIERREBOURG | JOURNALDEMONTREAL.COM | 30/10/2008
ARCHIVES MQF ─ Cinq mois après le dépôt du rapport Bouchard-Taylor, et quelques jours avant le déclenchement d’une élection, le gouvernement Charest demande aux futurs immigrants de s’engager par écrit à respecter les valeurs québécoises, une mesure qui sème déjà la controverse.
«Immigrer au Québec est un droit et non un privilège» a rappelé hier Yolande James, la ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles. Elle présentait son «plan global d’intégration» des immigrants et de «valorisation de la diversité».
Celle-ci a insisté sur le fait qu’il fallait agir «en amont» pour faciliter l’intégration ultérieure.
Une déclaration à signer
Un des rares éléments nouveaux de ce plan, mais celui qui fait le plus jaser, est la déclaration que devront signer dès janvier 2009 les aspirants immigrants au Québec.
Ceux-ci s’engagent à respecter les «valeurs communes de la société québécoise», en particulier l’égalité hommes-femmes, la laïcité de l’État et le français comme langue officielle. Une langue française que le candidat à l’immigration «déclare» seulement «vouloir apprendre», sans pour autant y être obligé.
La règle est simple : celui qui ne signe pas ce document se verra fermer la porte du Québec. Quant à celui qui le signe, il ne court pas grand risque. Selon le ministère de l’Immigration, cet engagement n’est pas un contrat à proprement parler. Aucune sanction n’est prévue pour le candidat immigrant qui ne le respecte pas, à moins qu’il bafoue une loi.
«Ces valeurs n’existent pas dans le vide, a justifié la ministre. Elles sont enchâssées dans nos lois et la charte.»
À saveur électorale
Mario Beaulieu, du Mouvement Montréal Français n’y voit que de vagues «mesures incitatives». «Leur affirmation est fausse : le Québec dans les faits est bilingue», fulmine-t-il.
Même scepticisme chez André Drouin, le coloré conseiller d’Hérouxville, bien qu’il croit y déceler à certains endroits un «résumé» de son mémoire. «C’est très habile, parfait pour la campagne électorale qui s’en vient, un bel effort, mais vaporeux tout comme leur notion de diversité», dit-il. Il s’étonne aussi que l’on n’aborde pas la question des «accommodements religieux».
Mohamed S. Kamel, porte-parole du Forum musulman canadien, qualifie de «ridicule» et «d’électoraliste» le plan de Québec.
«Il n’y a rien de nouveau. La vraie clé de l’intégration, ce n’est pas le français, mais le travail. Il y a des immigrants qui parlent français, mais qui sont incapables de trouver un emploi.»
Il se questionne aussi sur les valeurs québécoises que l’on veut imposer aux immigrants. «Celles d’aujourd’hui seront-elles celles de l’an 2050?», demande-t-il.
