Aux origines de la langue française

17 mars 2021

Par Jean-François Veilleux, doctorant en études québécoises à l’UQTR

En 2018, on estimait à 300 millions le nombre de locuteurs francophones dans le monde. En 2050, ils représenteront environ 700 millions de personnes, soit 8 % de la population mondiale (1 personne sur 12). Aujourd’hui, parmi les dix millions de francophones actuellement en Amérique du Nord, la grande majorité habite le territoire du Québec, État-nation dont la langue française est la seule langue officielle depuis la loi 22, adoptée en juillet 1974. Afin de mieux comprendre l’enracinement culturel, politique et humaniste derrière la langue française à l’échelle planétaire — autant en littérature, en science, en philosophie qu’en diplomatie —, voici une brève histoire de ses racines européennes et de son évolution.¹

Issu du langage proto-indo-européen, le français figure parmi les principales langues romanes avec l’italien, l’espagnol, le roumain et le portugais. En réalité, le français est une langue attestée depuis plus de 1 500 ans, un mélange de germanique (francique, alsacien, lorrain), d’italique (latin) et de celtique (gaulois, breton). Le wallon, l’occitan et le catalan sont également d’origine romane.

Trois millénaires avant notre ère, c’est-à-dire vers l’an -3000, le premier alphabet, d’origine phénicienne, a été découvert sur les côtes de Syrie. Ensuite, les Grecs s’approprièrent le système et le perfectionnèrent. Puis, les Romains en firent l’alphabet que nous connaissons aujourd’hui. Entre -159 et -120, à la suite d’un appel à l’aide des Grecs sur place, la première colonisation romaine de la Gaule reçoit le nom de provincia, c’est-à-dire un territoire « pour les vaincus ». Vers 400, Saint-Jérôme de Stridon traduit le texte hébreu de la Bible en latin à partir de l’Ancien Testament, ce qu’on nomme la Vulgate. À cette époque, l’Église s’est opposée à toute traduction en langue vulgaire, par crainte d’hérésie. Le latin s’impose rapidement comme langue officielle face au celte des Gaulois, et se maintient dans ce rôle malgré l’invasion germanique des Francs.

Le 25 décembre 496, Clovis, un Franc salien dont le peuple occupait le territoire de l’actuelle Belgique, occupe le royaume gallo-romain depuis dix ans et se convertit au christianisme en se faisant baptiser à Reims. Pour la première fois dans l’histoire, un roi germanique choisit volontairement et librement la foi catholique, avec plus de 3 000 de ses guerriers. En conséquence, le royaume des Francs est le premier État chrétien après la chute de l’Empire romain d’Occident.

Ayant battu les Wisigoths en 507 — année où apparaît pour la première fois la fleur de lys sur son drapeau, et qui symbolisera à jamais la royauté française —, Clovis réunit le royaume des Burgondes à celui des Francs et reçoit, en 534, le titre de consul romain, qui lui fut remis par un ambassadeur venu de Byzance (Empire romain d’Orient). Cette assimilation explique que la langue du peuple dominé est celle qui fut adoptée par l’envahisseur germanique, si bien qu’il finit par abandonner, après plusieurs siècles de bilinguisme (jusque vers 900), sa propre langue, le francique.

Au VIIe siècle apparaît le nom « Francia » pour désigner le pays d’où sont originaires les Francs. On peut y délimiter le langage d’oïl (sorte d’ancien français) dans la zone de colonisation franque, c’est-à-dire la France du Nord, et le langage d’oc (occitan), bien implanté au sud, car l’occupation des Wisigoths n’avait pas été suffisante pour germaniser le pays. C’est donc l’invasion franque qui a donné au gallo-romain cette forme particulière de prononciation qui a fini par aboutir au français. Ce bilinguisme a entraîné une forte évolution phonétique qui a fait du français une langue beaucoup plus éloignée de la prononciation latine que ne le sont l’occitan, l’italien ou l’espagnol.

En 813, les évêques réunis en concile à Tours prennent la décision de demander aux prêtres, non de célébrer les offices dans la langue maternelle du peuple, mais de faire les prêches et d’expliquer la parole de Dieu en langue « tudesque » (langage de Charlemagne, le plus grand du Moyen-Âge, monté sur le trône en 768), soit dans la « lingua romana rustica », qui deviendrait un jour le français. En fait, le concile entérinait le fait que le peuple ait perdu la compétence du latin et qu’il fallait désormais s’adresser à lui dans sa langue. À la suite du concile, les clercs commencent à essayer de mettre par écrit leur langue maternelle, un langage qui sera utilisé trente ans plus tard pour la première fois dans un acte officiel.

Le premier texte connu entièrement écrit en proto-français est la partie française des Serments de Strasbourg, en 842, qui jette les bases d’une partition de l’empire de Charlemagne. Ce premier document a une double importance, car ces serments sont aussi fondateurs de la nation française. L’année suivante, le royaume de France naît par le Traité de Verdun lorsque les trois fils de Charlemagne se divisent le territoire par une alliance entre Charles le Chauve et Louis, unis contre leur frère Lothaire.

Toutefois, en 911, le roi de France, Charles le Simple, se résigne à abandonner une partie de son territoire à Rollon (Rolf), le chef viking norvégien qui pillait sans cesse Paris, venu conquérir la France au nom du Danemark. Cette province deviendra le duché de Normandie — région rattachée, en 1204, au royaume de France, annexée sous la pression militaire du roi Philippe-Auguste — la terre d’origine de la majorité des pionniers de la Nouvelle-France, de la nation québécoise.

Exaspérés par la faiblesse des derniers héritiers de Charlemagne, les principaux seigneurs de Francie occidentale (la France actuelle) offrent la couronne royale, le 1er juillet 987, au meilleur d’entre eux, le comte de Paris, Hugues Capet. Cet homme mûr de 47 ans devient roi des Francs sous le nom d’Hugues 1er et laissera même son nom à sa dynastie royale, les Capétiens. Il est le premier roi de France à ne pas parler le germanique.

À la fin du XIVe siècle, le français commence à être perçu par les théoriciens du pouvoir royal comme langue identitaire du roi et de la France. Au début du XVe siècle, Jeanne d’Arc lève le siège d’Orléans et mène victorieusement les troupes françaises contre les armées anglaises, conduisant le dauphin Charles au sacre à Reims le 17 juillet 1429, et contribuant ainsi à inverser le cours de la guerre de Cent Ans. Vers 1477, l’imprimerie permet l’accélération de la standardisation et de l’officialisation du français, et les premières « inventions » orthographiques.² Le développement du français se voit dans l’évolution de cette technique. Alors que le pourcentage d’ouvrages imprimés dans cette langue est infime en 1500, il est de 50 % en 1575. Le reste se partage entre les livres latins, mais aussi allemands, italiens et flamands.³

La fondation, en 1530, du Collège Royal (futur Collège de France) permet à quelques professeurs de donner leur enseignement en français — langue littéraire d’oïl — tandis que les autres continuent à le faire en latin. Les grammairiens Ramuz ou Robert Estienne font paraître les premiers dictionnaires (latin-français en 1532, français-latin en 1539), mais les plus vieilles grammaires sur la langue française viennent d’Angleterre, comme L’éclaircissement de la langue française de Palsgrave (1530).

Le 15 août 1539, cinq ans après avoir envoyé Jacques Cartier découvrir le Canada, la victoire du français comme langue officielle du royaume de France est consacrée par François 1er (1494-1547), au pouvoir depuis 1515. L’ordonnance de Villers-Cotterêts stipule que désormais tous les actes administratifs seront passés en français, « en langaige maternel francois et non autrement ».

1280px Jacques Cartier 1851 1852
Vue d’artiste de Jacques Cartier par Théophile Hamel, 1844, d’après une œuvre (aujourd’hui disparue) réalisée par François Riss en 1839.
Il n’existe aucun portrait authentique du navigateur

De 1523 à 1541, le français est instauré dans le culte protestant. À partir de 1550, le français est la langue de l’Église protestante dans tous les pays de langue française. En comparaison, ce n’est que vers 1680 que les catholiques commencèrent à publier des traductions françaises de la Bible !

En l’an 1549, soit dix ans après la proclamation de François 1er, le poète Joachim du Bellay (1522-1560) publie Défense et illustration de la langue française. Au XVIe et XVIIe siècle, grâce aux efforts des moines bénédictins, on assiste à une élaboration consciente du français, car les souverains se voient dans l’obligation de traduire les documents rédigés par leurs ancêtres pour prouver les droits et titres sur les biens et territoires (possessions) transmis par succession. À partir du XVIIe siècle, le latin cesse d’être utilisé dans la littérature, mais reste la langue internationale pour tous les scientifiques en Europe.

Un autre personnage important pour la valorisation du français est le célèbre cardinal de Richelieu, Armand Jean du Plessis (1585-1642). En plus d’avoir fondé, en 1627, la Compagnie des Cent-Associés,⁴ qui sera responsable de l’envoi de colons français pour peupler la Nouvelle-France sous le roi Louis XIII, il officialise l’Académie française en 1635 en commandant un dictionnaire, une grammaire et des règles rhétoriques et stylistiques. Il voulait également créer un collège international où l’enseignement serait donné en français, mais sa mort a mis un terme au projet. C’est en 1637 que le philosophe René Descartes écrit et publie en français Le Discours de la méthode.

En 1660, alors que la Nouvelle-France devient la première colonie officielle du royaume de France et que son administration passe directement sous l’autorité royale, on assiste à la parution de la Grammaire raisonnée de Port-Royal. À ce moment, toute la paysannerie parlait patois, même aux portes de Paris, comme l’atteste Molière. Quant à Louis XIV dit le « Roi-Soleil » (1638-1715), pendant son règne personnel de 1663 à sa mort et par son rôle dominant dans la politique européenne, il imposera le français comme langue de la diplomatie pendant deux siècles. L’Académie française publiera la première édition de son Dictionnaire seulement en 1694. Par la suite, d’autres traductions de grandes œuvres de vulgarisation scientifique apparaîtront en français, tel que le physicien et naturaliste Réaumur (1683-1757), l’écrivain et scientifique centenaire Fontenelle (1657-1757) ainsi que l’Encyclopédie (8 volumes) — du philosophe Denis Diderot (1713-1784) et de son ami scientifique Jean Le Rond d’Alembert (1717-1783) — qui commence à paraître à partir de 1751.

Entretemps, en 1714, par le traité de Rastadt, le français se substitue au latin comme langue de la diplomatie en Europe. Toutefois, la France perd son statut de puissance dominante lors du Traité de Paris (1763) qui lui fait perdre son empire colonial : le Canada, les Indes, cinq îles des Antilles, le Sénégal et la Louisiane. Il faut attendre 1783 pour que la France recouvre le Sénégal, la Louisiane et trois îles des Antilles. Après la Conquête britannique, la « Province of Québec » revendique ses droits linguistiques collectifs. Dès 1765, 95 Canadiens adressent une pétition et réclament que la justice soit rendue en français, que les ordres du roi soient promulgués en français et que les Canadiens puissent agir comme jurés et avocats. En réalité, il faudra attendre l’Acte de Québec (1774) pour une reconnaissance officielle par la Couronne britannique de la langue française.

Après l’Acte constitutionnel (1791), qui donne des institutions parlementaires au Québec, on débat à l’Assemblée législative du Bas-Canada sur le statut de la langue. Le 21 janvier 1793, on y décide de tenir le procès-verbal de la Chambre dans les deux langues, mais sans préséance de l’anglais. Même si 95 % de la population est française, trente-quatre députés sur cinquante (34/50) sont de langue française. Les députés conviennent que tous les textes seront rédigés dans les deux langues.

Le 20 juillet 1794, la Révolution française vient renforcer les décisions de l’Ancien régime en stipulant qu’aucun acte public ou privé ne pourrait, dans quelques parties du territoire de la République, être écrit autrement qu’en langue française. Sous l’influence de l’abbé Henri-Baptiste Grégoire (1750-1831), on commence à faire la guerre aux différents patois, près d’une trentaine : le bas-breton, le normand, le picard, le rouchi ou wallon, le flamand, le champenois, le messin, le lorrain, le franc-comtois, le bourguignon, le bressan, le lyonnais, le dauphinois, l’auvergnat, le poitevin, le limousin, le provençal, le languedocien, le velayen, le catalan, le béarnais, le basque, le rouergat et le gascon.⁵ L’unité du langage permettait de sceller l’unité nationale.

Du côté spirituel, le premier concile de l’Église gallicane introduit le français dans l’administration de ses sacrements en 1797, mais cette réforme fut de courte durée. Pour les catholiques, il fallut attendre le concile Vatican II (1962-1965), mis de l’avant par le pape Jean XXIII, préconisant l’emploi des langues nationales dans la liturgie, pour que le français devienne la langue du culte.

Sous Napoléon 1er — qui vend la Louisiane aux États-Unis en 1803 —, le latin revient en force dans l’enseignement, mais la plupart des cours restent en français, sauf la chirurgie. La révolution romantique du XIXe siècle (Victor Hugo) proclame que tous les mots sont égaux en droit et dignes d’entrer dans la langue littéraire. Seuls quelques discours académiques se font encore en latin.

En Amérique du Nord, après la répression sanglante de la « révolution canadienne » des patriotes en 1837-38, Londres impose l’anglais comme la seule langue officielle par l’Acte d’union (1840). L’usage du français est proscrit. Il faudra attendre quelques années, et l’acharnement de députés comme Louis-Hyppolite La Fontaine (1807-1864) pour reconquérir le droit de s’exprimer dans notre langue au Parlement. Depuis la Confédération canadienne du 1er juillet 1867, plusieurs évènements politiques ont laissé entendre que la langue française n’était pas la bienvenue. Par la suite, l’Acte de l’Amérique du Nord britannique permettra de supprimer les droits des francophones d’un océan à l’autre. Le nouveau régime canadien à Ottawa, alimenté par les mouvements orangistes, n’allait pas se contenter de si peu. Voici une liste sommaire qui résume brièvement ces interventions :⁶

  • 1864 : Le conservateur Charles Tupper interdit l’enseignement du français en Nouvelle-Écosse, ce qui abolit toutes les écoles françaises de la province.
  • 1871 : Adoption au Nouveau-Brunswick de la loi King supprimant le français dans l’éducation. John A. Macdonald refusa d’intervenir, prétextant qu’il s’agissait d’une compétence provinciale.
  • 1873-77 : Le Public School Act supprime les écoles françaises de la province de l’Île-du-Prince-Édouard.
  • 1885 : Le chef métis et francophone Louis Riel, père du Manitoba, est pendu.
  • 1890 : Le français est aboli au Manitoba à titre de langue officielle de la province. On en profite pour abolir les écoles franco-manitobaines même si le Conseil privé de Londres suggéra à John A. Macdonald de voter une loi réparatrice.
  • 1892 : L’Alberta fait de l’anglais la seule langue officielle des débats parlementaires et de l’enseignement.
  • 1892 : Suppression des écoles françaises et suppression du droit de se défendre en français devant les tribunaux dans les Territoires du Nord-Ouest.
  • 1902 : Le français fait l’objet d’une première interdiction en tant que langue d’enseignement dans les écoles, alors que la Saskatchewan était encore sous juridiction fédérale ; puis à nouveau en 1918 de la part du gouvernement provincial.
  • 1909 : Le français est interdit dans l’enseignement en Alberta et en Saskatchewan.
  • 1912 : Le gouvernement de l’Ontario lance une directive couramment appelée le Règlement XVII limitant l’éducation en langue française aux deux premières années d’école primaire. Si la crise des écoles ontariennes se résorbe en 1921, c’est seulement le 1er novembre 1927 que le Règlement XVII devient inopérant. Il sera finalement répudié et abrogé beaucoup plus tard, en 1944.
  • 1931 : Une modification de la loi scolaire en Saskatchewan impose l’anglais comme unique langue d’enseignement dans les écoles de la province.

Du côté de la France, il faut attendre la loi Jules Ferry en 1882 qui rend l’enseignement primaire laïc gratuit et obligatoire pour tous, en français. Au secondaire, l’enseignement ne se fait plus en latin, mais cette langue est toujours enseignée, tout comme le grec. Partout, on instaure des programmes pour éradiquer les patois et les dialectes locaux. En 1905, en France, on autorise de soutenir les thèses en français. Lors de la guerre 1914-18, le français appris à l’école primaire devient le seul moyen de communication pour les soldats répartis dans les tranchées. En 1919, par le Traité de Versailles, le français perd son statut de langue unique de la diplomatie en Europe.

À la même époque, c’est en 1910, grâce à la Loi Lavergne, du nom du député nationaliste Armand Lavergne (1880-1935), que le Québec se dote de sa première loi à caractère linguistique. Le 2 octobre 1922, Douglas Fairbanks et Jacques N. Cartier créent à Montréal la première station radiophonique francophone en Amérique du Nord, CKAC.⁷ Du 27 juin au 1er juillet 1937, on assiste au second Congrès de la langue française au Canada, une sorte d’États généraux organisés dans la ville de Québec par la Société du parler français, afin de célébrer les 25 ans du Congrès de 1912. Les quelque 8 000 congressistes qui y participent concluent l’exercice par la formulation de 46 vœux.

Dans les années 1960, le français devient un enjeu important au Québec avec la création de l’Office de la langue française (24 mars 1961), rattaché au ministère des Affaires culturelles qui vient juste d’être mis sur pied. Cet organisme gouvernemental est chargé de faire la promotion du français au Québec. L’idée, reprise dans les recommandations de la Commission Tremblay, formée en 1953, est finalement amenée à terme par le gouvernement libéral de Jean Lesage. À ses débuts, l’OLF cherche à établir une norme pour le français parlé et écrit. Dans un rapport publié le 1er avril 1964, l’OLF — qui devient l’Office québécois de la langue française le 1er octobre 2002 — définit ainsi sa mission : « cap sur le français international, promotion des canadianismes de bon aloi et lutte contre les anglicismes, […] normalisation de la langue au Québec et intervention de l’État pour mettre en œuvre une politique globale de la langue qui tiendra compte notamment de l’importance de la motivation socioéconomique pour faire du parler français la langue prioritaire au Québec. »⁸

Il existe aussi le Mouvement laïque de langue française (MLF), créé le 8 avril 1961 par l’écrivain Jacques Godbout et le médecin Jacques Mackay, qui a pour mission la laïcisation relative de la société québécoise, ainsi que l’Agence universitaire de la francophonie à Montréal (fondée en 1961), qui regroupe maintenant 1007 établissements universitaires sur tous les continents dans 119 pays. En France, on fonde également l’Assemblée parlementaire de la francophonie en mai 1967.

Le 31 octobre 1969, 30 000 personnes manifestent contre le Bill 63⁹ à Québec. Le 26 octobre 1969, une centaine d’associations québécoises décident de former un Front commun du Québec français, qui orchestre une semaine complète de manifestations afin d’empêcher l’Assemblée nationale d’adopter la loi 63. En 1972, François-Albert Angers et Matthias Rioux fondent le Mouvement Québec français (MQF), un organisme sans but lucratif. Ce groupe de pression sera relancé le 4 juin 2011 sous la présidence de Mario Beaulieu.

En juillet 1974, poussé par la Commission Gendron (1973) qui révéla que le français était menacé au Québec et qui recommanda d’en faire une « langue commune », le Parti libéral du Québec, sous la direction de Robert Bourassa, adopte la loi 22 qui fait du français la langue officielle du Québec, renforce l’Office de la langue française et adopte des dispositions sur la langue de travail tout en restreignant l’accès à l’école anglaise en fonction de controversés tests linguistiques.

Désirant résoudre l’insatisfaction liée aux politiques linguistiques qui planaient depuis au moins une décennie, le Parti Québécois fait adopter à majorité, le 26 août 1977, la Charte de la langue française (loi 101) par 54 voix contre 32 (principalement des libéraux et des créditistes). De tous les députés de l’opposition, seul Fabien Roy vote avec le PQ. La bataille a duré plus de sept mois.

Malgré l’existence de l’Agence de coopération culturelle et technique (fondée le 20 mars 1970 au Niger) — qu’on souligne toujours par la Journée internationale de la Francophonie à chaque 20 mars —, ancêtre de l’Organisation internationale de la Francophonie, c’est seulement le 17 février 1986 que s’ouvre le premier Sommet de la Francophonie, inauguré à Paris, au château de Versailles, en présence de 41 délégations qui représentaient 100 millions de francophones à travers les cinq continents. On y prévoit entre autres la création d’une organisation étatique francophone internationale qui deviendra l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), basée à Paris. L’année suivante, le deuxième Sommet de la Francophonie est tenu à Québec en septembre 1987.¹⁰ En 1997, on adoptait à Hanoi, au Vietnam, une première Charte de la Francophonie. Depuis vingt ans, il existe aussi l’Association internationale des régions francophones (fondée en 2002 à Lyon).

Au tournant du millénaire, on organise au Québec les États généraux sur l’avenir de la langue française (2000), présidés par Gérald Larose, et c’est en 2002 qu’on renomme l’office chargé de défendre la langue française, créé en 1961, par l’Office québécois de la langue française (OQLF).

En conclusion, l’originalité de la langue française est qu’elle a acquis son statut de langue officielle, et en tout premier lieu de langue de l’administration, bien avant d’être langue majoritaire. Au fil des siècles, le français a su à la fois influencer les autres cultures, mais aussi intégrer à son vocabulaire diverses origines. En Amérique du Nord, elle fait désormais partie intégrante de l’identité de la nation québécoise, non seulement comme pilier de la culture nationale, mais également dans la volonté du gouvernement d’en faire la seule langue commune. Malgré l’extrême codification de la langue — le français, dit-on, est la langue la plus normative du monde —, il faut continuer de la défendre, de la faire vivre et de la propager fièrement pour la suite du monde.

 

¹Michèle PERRET, Introduction à l’histoire de la langue française, Armand Colin, 3e édition, Cursus, 2008, 208 p.

²Idem

³Lorànt DEUTSCH. Romanesque – La folle aventure de la langue française. Éditions Michel Lafon, 2018, 397 p.

www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/rpcq/detail.do?methode=consulter&id=9104&type=pge

www.axl.cefan.ulaval.ca/francophonie/HIST_FR_s8_Revolution1789.htm

⁶« Le Canada, 150 ans de lois contre le français », vidéo publiée par le député bloquiste Michel Boudrias le 3 novembre 2017 sur sa page Facebook. Voir l’histoire des lois scolaires : www.axl.cefan.ulaval.ca/amnord/saskatchewan.htm

http://bilan.usherbrooke.ca/bilan/pages/evenements/344.html

http://bilan.usherbrooke.ca/bilan/pagesThematiques.jsp?theme=16

⁹« Loi 63 : déposée par Jean-Guy Cardinal le 23 octobre. Loi calquée sur la loi 85 non adoptée. La loi se présente comme étant un moyen de promouvoir l’usage de la langue française dans les écoles. Se retrouve plutôt à faire en sorte que les parents ont la liberté de choix de la langue d’enseignement pour leurs enfants. Le 31 octobre, 40 000 personnes manifestent contre le projet de loi 63 devant le Parlement. 28 novembre, la loi 63 est acceptée. Conséquence directe de la crise qui sévit à St-Léonard depuis deux ans. La loi ne calme pas la crise, mais ne fait que l’attiser. Le Québec devra attendre encore à 1974 avant d’avoir la loi 22, qui fait de la langue française la langue officielle du Québec. » (MNQ)

¹⁰https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1770955/francophonie-sommet-quebec-canada-politique-archives?fbclid=IwAR1qr_27bxSi-unhZvuiGb2i-sG5LDEEn7J6m_DmFbdQ1cviNrKZfL7oh54

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